Pourquoi deux Noirs sont toujours confondus entre eux ?

Crédit Photo : Edward Cisneros – Unsplash

Cette semaine, je suis tombée sur un post Facebook d’une maman racontant les mésaventures de sa fille à l’école: « Ma fille me dit que sa maîtresse a souvent tendance à l’appeler par le prénom d’une de ses camarades de classe, qui est aussi noire, parce que soit disant, elles se ressemblent (…) pourtant, les autres, elle ne les confond pas« .

Ce n’est pas la première fois que j’entends une histoire pareille. Il suffit que deux personnes noires soient présentes dans un même espace, une même classe, une même équipe ou une même entreprise pour qu’elles soient systématiquement confondues par les autres. La raison la plus souvent avancée est qu’elles se ressemblent trop et qu’il est impossible de faire la différence. Alors que objectivement, elles ne se ressemblent pas vraiment.

Du coup, j’ai demandé à mes abonné.e.s sur Instagram si cette situation leur était déjà arrivée ?

UNE EXPERIENCE VECUE A TOUT AGE

J’ai reçu de nombreux témoignages qui laissent penser que cette expérience arrive à tout âge. Enfants à l’école, adolescents au collège, adultes au travail ou à l’université, personne n’est épargné.

Extraits :

« C’est ce que vit ma fille depuis le début d’année avec une autre fille qui a le même teint qu’elle. Mais c’est leur seul point commun. Physiquement, elles ne se ressemblent pas du tout. Je sais que dans l’esprit de certains, tous les Noirs se ressemblent et c’est fatiguant à force de ne pas être considéré comme un être à part entière« 

« Oh, alors ça ça arrive tellement! L’histoire qui m’a le plus marquée c’était avec une autre stagiaire dans un stage en Ministère. Nos prénoms ne se ressemblaient absolument pas. L’une de nous avait les cheveux toujours détachés et lissés, l’autre attachés, l’une avait des lunettes et l’autre pas, l’une était métisse et l’autre pas. On ne travaillait pas sur les mêmes sujets, on n’est pas du tout restées le même temps et pourtant beaucoup se trompaient de prénom« .

« Oui, Cela m’est aussi arrivé, lors de la réunion de rentrée des infirmières de l’éducation nationale, un des directeurs de la direction académique a interpellé une personne noire par mon nom de famille, en lui demandant de s’asseoir. (…) Ou des collègues qui m’appellent par le prénom d’une autre collègue, et c’est toujours des collègues blancs qui se trompent.« 

UNE CONFUSION INVOLONTAIRE OU VOLONTAIRE ?

La confusion de la part des collègues / enseignants non-noirs peut être considérée comme involontaire à partir du moment où elle s’explique par la croyance selon laquelle « tous les Noirs se ressemblent ».

Cette croyance peut fortement influencer le traitement des informations en ne prêtant attention qu’à celles qui vont dans le sens de nos opinions. C’est ce que l’on appelle le biais de confirmation.

MAIS parfois, on se demande si cette confusion n’est pas volontaire. Notamment lorsque cette absence de différenciation se retrouve aussi par e-mail :

« J’avais une collègue antillaise, avec un nom français et moi j’ai un nom à consonance maghrébine. On ne se ressemblait pas du tout mais on nous confondait TOUT LE TEMPS. Je recevais des mails adressés à elle et elle des mails adressés à moi. On lui parlait du Maroc et à moi on me disait « tiens c’est marrant, on entend de moins en moins ton accent des Antilles quand tu parles » (alors que ni elle ni moi n’avions d’accent particulier). Et quand on nous voyait côte à côte on nous disait « WoW c’est surprenant, vous pourriez être soeurs » 

Pire… il arrive aussi que les autres décident de ne pas vous appeler par votre prénom…

« Ça m’est arrivé plus grande à la fac (en master, c’est pour dire… ). Mon amie et moi portions le même nom de famille. Alors certains camarades ne cherchaient pas spécialement à nous différencier. C’était les *notre nom* et sans cesse les profs n’arrivaient pas à nous différencier alors que nous ne nous ressemblons absolument pas (teint, style, visage, etc.) »

« On m’a appelée par un autre prénom pendant un an durant un stage. Autre prénom Maghrébin qui n’a rien à voir avec le mien parce que « celui là est plus joli » par 2 personnes du personnel médical qui avaient une énorme autorité dans le service. »

…Ou que cette confusion se fasse dans le temps :

« J’habite dans un tout petit village, nous étions la seule famille africaine et très peu d’enfants noirs dans le collège. Deux de mes enseignants m’ont appelée à deux reprises par les prénoms de deux autres filles noires qui étaient dans leurs classes respectives au moins 3 ans avant moi (et donc, plus présentes dans le collège au moment des faits). Morale de l’histoire, on se ressemble tellement toutes qu’on peut même être confondues sur du long terme ».

Refuser de reconnaître l’autre comme un être unique et distinct des autres, lui attribuer un autre prénom sans lui demander son avis, nier son identité et ne pas le considérer comme l’humain qu’il est, c’est de la déshumanisation.

LES NOIRS AUSSI CONFONDENT LES AUTRES

Dis comme ça, on a l’impression que cette confusion des visages ne concerne que les Noirs. Mais parmi mes abonnées, des enseignantes noires ont aussi témoigné de leur confusion envers les enfants d’autres origines ethniques :

« Je suis noire, prof en collège et il m’arrive souvent de confondre les élèves maghrébins, ou chinois, ou blancs… en début d’année et parfois je fais même des rechutes en cours d’année. Avec le grand nombre d’élèves qu’on a, c’est quelque chose qui arrive souvent quand deux élèves ont à peu près le même « profil » (brunes, maghrébines, petites et minces par exemple) ».

COMMENT L’EXPLIQUER AU NIVEAU COGNITIF ?

Ce phénomène peut s’expliquer par ce que la cognition sociale appelle homogénéisation exo-groupe et hétérogénéisation endo-groupe.

L’homogéneisation exo-groupe est cette tendance à percevoir les groupes extérieurs aux vôtres comme étant homogènes. Et donc à percevoir ses membres comme se ressemblant tous (physiquement et psychologiquement) et à leur associer des stéréotypes (croyances partagées / idées reçues). Alors que l’hétérogéneisation endo-groupe, c’est cette tendance à voir les différences entre les membres des groupes auxquels vous appartenez.

Finalement, c’est une question de familiarité. Plus vous êtes familiers avec un groupe ethnique donné, plus vous arrivez à faire la différence entre ses membres.

Une enseignante noire dit : « Je suis pareille je les confonds, surtout les blondes. Les brunes ça va encore. Mais tous les autres, j’arrive a faire la distinction (…) Je pense aussi que le fait d’avoir grandi en cité où Indiens, Turcs, Chaldéens, Chinois, Berbères et bien sûr Noirs (vivent ensemble) a fait que mon oeil s’est habitué. Au travail, je n’essaie même pas de les appeler car même leur prénom m’échappe. »

Des études montrent la même chose concernant la perception visuelle: il est plus facile de reconnaître les visages des personnes de notre groupe ethnique (Gomes et. al, 2019)

UNE QUESTION DE VOLONTE….

Même si les explications de la psychologie cognitive permettent d’y voir plus clair, la question de la volonté à mon sens reste centrale car quand on veut, on peut !

« Je suis noire mais (…) quand j’ai commencé à regarder des séries coréennes, je n’arrivais pas à suivre et je confondais tout le temps les personnages. Je me suis sentie honteuse. Après quelques épisodes, j’ai commencé à faire totalement la distinction entre les personnages. Je me demande souvent si ce n’est pas aussi le cas pour les blancs ? (…) j’ai l’impression qu’ils ne font pas l’effort tout simplement. J’ai fini par reconnaître tous ces visages parce que j’y avais un intérêt et pour mieux comprendre ces histoires. »

….OU DE RACISME ?

Quand on parle des Noirs et des différentes problématiques qui les atteignent, les questions des stéréotypes / préjugés et du racisme ne sont jamais bien loin.

La différence entre ces enseignantes noires qui n’arrivent pas à distinguer les petites filles blondes de leurs écoles et les deux employées noires qui sont systématiquement confondues au travail, c’est le nombre. D’un côté, une majorité et de l’autre, une minorité.

Alors que justement, lorsqu’un élément est minoritaire voire unique dans une situation donnée, on a tendance à le remarquer et à parfaitement l’identifier.

Pourquoi confond-on DEUX personnes noires dans la même entreprise ?

Les travaux de Fabio Lorenzi-Cioldi ont montré que cette perception homogène VS. et hétérogène des membres des groupes dépend aussi du statut social. Les dominés sont perçus de manière homogène (ce sont tous les mêmes), alors que les dominants sont perçus comme tous différents.

Pensez aux patrons de grandes entreprises, aux milliardaires, aux célébrités. Vous aurez tendance à les distinguer les uns des autres et à ne surtout pas les mettre dans le même sac. Alors que les pauvres, les chômeurs, les banlieusards, sont perçus comme une masse uniforme.

« Au collège, j’avais remarqué que pour décrire une personne blanche, les gens s’attardaient sur tout ce qui la rendait unique (ses goûts, ses traits de personnalité, ses habitudes…). Mais pour nous c’était toujours simplement « c’est un.e black/renoi » (« noir » étant manifestement un gros mot) à croire que juste indiquer notre origine ethnique c’est tout dire de nous, pas besoin de décrire davantage, les stéréotypes feront le reste. Comment faire la distinction entre plusieurs personnes noires si on s’arrête à leur couleur de peau ? »

C’est aussi ça le racisme : penser que les Blancs sont supérieurs aux autres, et en tant que groupe supérieur, ils sont tous différents entre eux. Alors que les Noirs et les Arabes, auxquels on associe les croyances liées à la pauvreté ou à l’infériorité, sont perçus comme similaires entre eux.

POUR REPONDRE A LA QUESTION….

« Pourquoi deux noirs sont confondus entre eux ? » C’est à la fois à cause de facteurs sociologiques comme la familiarité, de facteurs psychologiques et motivationels, ainsi que des croyances, stéréotypes et préjugés issus des théories racistes.

Que faire si vous êtes dans ce cas ? Essayez l’effet miroir : appelez-les par un autre prénom et dites-leur que vous les confondez avec quelqu’un qui ne leur ressemble pas du tout. Et utilisez leur réaction pour leur faire comprendre ce que vous ressentez.

C’est en ne laissant pas passer ce type d’incidents que nous changerons les choses, chacun.e à notre échelle.

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Prenez soin de vous.

Références :

Gomes, A., Fernandes, A. F., Ribeiro, R. & Monteiro, S. (2019). « Race effects on facial recognition: the evolution ». Annals of medicine, (51).

Lorenzi-Cioldi, F. (2009). « Dominants et dominés – les identités des collections et des agrégats »

Podcast : Les enfants du bruit et de l’odeur

J’ai eu l’immense plaisir d’avoir été interviewée par Prisca, de l’équipe « Les enfants du Bruit et de l’Odeur » pour le premier épisode de la saison 2. Nous avons parlé de Menace du stéréotype et de l’impact négatif des stéréotypes, des préjugés et du racisme sur les enfants.

Comment, en tant qu’adulte/parents, parler du racisme avec les enfants et leur donner les armes pour dépasser ces situations ? Comment, en tant qu’enseignant.e, nous impactons la performance de nos élèves en raison de nos préjugés, souvent inconscients ? Quels impacts ont les Role Models sur nos représentations ?

Toutes ces questions sont développées dans l’épisode. Il est disponible sur toutes les plateformes d’écoute et sur Spotify.

N’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé en commentaires.

Bonne écoute !

Interview pour Doctissimo : Impact psychologique du racisme

J’ai eu le plaisir et l’honneur d’avoir été interviewée par Morgane Garnier , journaliste chez DOCTISSIMO, sur l’impact psychologique du racisme.

Nous avons parlé des micro-aggressions, de la charge raciale, de la menace du stéréotype, du harcèlement discriminatoire, de leurs impacts et des pistes de solution. 

L’article complet ici : https://www.doctissimo.fr/psychologie/bien-avec-les-autres/harcelement-moral/impact-psychologique-racisme

Bonne lecture ! 

Interview pour Marie Claire

J’ai eu le plaisir d’avoir été interviewée par Gwendoline Gaudicheau du Magazine Marie Claire sur les conséquences psychologiques du racisme.

L’article intitulé « Les conséquences sous-estimées du racisme sur la santé mentale de ceux qui le subissent » est disponible ici.

Bonne lecture !

Qui est Blanc ? Qui est Noir ?

Qui est Blanc ? Qui est Noir ?

Drôle de question n’est-ce pas ?

L’actualité de ces derniers jours avec la mort de George Floyd aux Etats-Unis a remis au devant de la scène la thématique du racisme. Les bavures policières sont encore trop nombreuses là-bas et ici aussi en France même si on ne veut pas se l’avouer.

L’émotion grandi, les thématiques s’entrechoquent. On pense à l’Histoire : esclavage et colonisation, néo-colonisation. Aux inégalités, préjugés et discriminations avec lesquelles nous n’avons pas encore fini.

Noirs, Blancs, Asiatiques, Maghrébins sont des catégories que l’on utilise comme si ça allait de soi. Alors que non.

Revenons à la base : Qui est Noir ? Qui est Blanc ?

Mais d’abord…

Qu’est-ce que le racisme ?

Le racisme est une idéologie basée sur deux postulats :

  • Les races sont biologiques : il y aurait des différences fondamentales et essentielles entre les êtres humains qui nous permettraient de les catégoriser en différentes races. Les Blancs (les Européens), les Noirs (Les Africains), les Jaunes (les Asiatiques) et les Rouges (les Amérindiens).
  • Les races sont hiérarchisées : il y aurait un ordre entre ces « races » où les Blancs sont placés en haut de l’échelle (ils sont plus beaux et plus intelligents), les Noirs sont tout en bas de l’échelle (plus moches, moins intelligents et autres considérations négatives). Et au milieu, les autres.

Cette idéologie raciste influence la manière de penser et d’interagir les uns avec les autres. Les races n’existent pas. Ce sont des croyances fabriquées de toutes pièces à l’aide d’arguments scientifiques douteux.

Est raciste quelqu’un qui croit que les Blancs sont supérieurs aux autres. Ainsi, le « racisme anti-blancs » n’existe pas. Ce qui ne veut pas dire que la haine des Blancs n’existe pas et que les Blancs ne subissent pas d’injustices en raison de leur couleur de peau. Cela signifie juste que ce concept de « racisme anti-Blancs » est un non-sens.

Aujourd’hui, notre société a évolué officiellement sur ces sujets car le terme de « race » ne fait plus référence à des différences biologiques mais à des catégories sociales. Les Noirs, les Blancs, les Maghrébins, les Asiatiques, sont des « catégories raciales » au sens sociologique du terme car elles nous permettent de décrire des phénomènes de société.

Mais donc, qui est Noir ? Qui est Blanc ?

Considérations Physiques

Pour répondre à cette question, je citerais la réponse de Pap Ndiaye, « Est Noir celui qui est considéré comme tel » (La condition noire, 2008). Est Blanc celui qui est perçu comme tel. Car en réalité, la perception de l’autre est fondamentale dans les conséquences que cette catégorisation implique dans notre vie.

Il y a évidemment des considérations physiques. Un Noir est une personne ayant des origines proches ou lointaines avec l’Afrique sub-saharienne. Un métis, même très clair, sera toujours considéré par les autres comme étant Noir. Des métisses très clairs peuvent aussi, volontairement ou non, se faire passer pour des Blancs, c’est le White Passing.

La nature des cheveux, la forme du nez, le degré de mélanine dans la peau, toutes ces données nous influencent quand nous regardons quelqu’un. Nez épaté, cheveux crépus, couleur de peau foncée, c’est un.e Noir.e ; Nez fin, cheveux lisses et blonds, couleur de peau très claire, c’est un Blanc. Entre ces deux phénotypes, vous avez toutes les nuances possibles et imaginables.

Un Noir très clair peut passer pour Blanc, un Blanc très foncé peut passer pour Noir. Un Noir albinos ? La forme de son nez me dira si c’est un albinos africain ou un albinos européen. (pour en savoir plus, lire « Qu’est-ce qu’un Noir ? », Thèse de Doctorat R. KA, pp. 147-157)

Considérations psychologiques

Psychologiquement, vous avez le droit de vous percevoir comme appartenant à l’un ou à l’autre. Une personne métisse peut se voir comme blanche aussi bien qu’elle peut se voir comme noire. Une personne noire foncée de peau, a le droit de ne pas se reconnaître dans la catégorie Noirs.

Mais être catégorisé comme Blanc ou Noir n’implique pas la même chose. En France ou en Occident en général, les Blancs sont majoritaires. Ils se pensent donc comme étant « la norme ». Les Blancs jouissent de privilèges dont ils n’ont pas conscience. Quand vous êtes Blancs, vous pouvez aller à peu près où vous voulez, fréquenter les lieux que vous voulez, habiter où vous voulez si vos moyens financiers vous le permettent, aller en vacances où vous voulez. Vous n’avez jamais à parler au nom des autres Blancs car vous ne les représentez pas. Vous n’appréhendez pas un contrôle de police car votre vie n’est pas en danger à ce moment-là.

Quand vous êtes Noir en France, vous savez qu’à votre groupe sont associés des stéréotypes et des préjugés négatifs. C’est à dire des croyances sur vos traits de personnalité, vos compétences, vos moeurs. Même si vous ne vous sentez pas Noir, comme vous savez que l’autre vous perçoit comme tel, cela influencera votre comportement. Vous ne pouvez pas décider d’habiter où vous voulez, car soit votre dossier sera rejeté (discrimination), soit vous n’allez même pas tenter de faire votre demande de logement pour ce quartier-là (auto-censure).

En tant que Noir, vous savez que vous ne pouvez pas aller en vacances n’importe où dans le monde, il y a des pays très racistes et vous risquez d’être agressés. Vous ne pouvez pas entrer dans tous les endroits, toutes les boîtes de nuits, les tous les restaurants, car vous risquez d’être mal reçus dans certains ou carrément de ne pas être autorisés à entrer dans d’autres.

En tant que Noir, on attend de vous d’être irréprochable car au moindre faux pas, c’est tous les Noirs qui seront mal perçus.

En tant que Noir, surtout si vous êtes un jeune homme, vous avez peur au vu de la police. Vous avez 20 fois plus de chances qu’un jeune homme Blanc d’être contrôlé, de subir une garde à vue, d’aller en prison, de mourir.

Considérations économiques et sociales

Noirs et Blancs diffèrent physiquement. Noirs et Blancs diffèrent psychologiquement. Noirs et Blancs diffèrent économiquement et socialement.

Economiquement car les théories racistes au départ avaient des objectifs purement mercantiles. La période de l’esclavage transatlantique avait pour objectif d’enrichir les grandes puissances européennes en faisant travailler gratuitement des générations d’hommes et de femmes tout droit arrachés d’Afrique, pendant 400 ans.

Ces différences économiques se répercutent jusque aujourd’hui. Car l’héritage patrimonial se transmet de générations en générations. L’accès à l’emploi, aux prêts bancaires, à la propriété etc. est aussi influencé par le racisme et les discriminations, en plus du poids de l’Histoire. Il en résulte une population blanche économiquement plus avantagée que la population noire qui vit en Occident (Europe et Amériques).

Socialement aussi. L’accès à l’éducation, aux postes à hautes responsabilités et prestigieux, à l’ascension sociale, aux quartiers favorisés. Tout est influencé par ces distinctions raciales de départ. Attention, je ne dis pas que tous les Blancs sont riches et privilégiés et que tous les Noirs ne le sont pas. Il y a des Blancs pauvres aussi comme il peut y avoir des Noirs riches.

Mais quand on regarde l’échiquier racial/social ; les Noirs sont beaucoup plus souvent dans la case « pauvres et de catégorie sociale défavorisée » que les Blancs. Il y a donc de réelles conséquences à ces catégorisations raciales et sociales.

Pour finir, je dirais que l’important sur ces sujets, c’est de s’informer et de savoir que des différences existent, qu’elles sont systémiques (c’est tout le système actuel qui a été construit ainsi) et que pour les changer, il faut que chacun d’entre nous fasse un travail de déconstruction.

Soyons vigilants et bienveillants les uns avec les autres, car nous sommes tous héritiers d’un système que nous n’avons pas construit.

Pour aller plus loin :

D. Fassin et E. Fassin, « De la question sociale à la question raciale » (Ed. La découverte, 2009)

Kiffe ta race, épisode 27, « Check tes privilèges blancs » avec Eric Fassin

Robin DIANGELO, « White fragility – Why it’s so hard for white people to talk about race » (Beacon Press, 2018).

Vous avez sûrement subi un harcèlement discriminatoire sans le savoir

Les blagues sur vos origines, vous avez horreur de ça. Pourtant, aujourd’hui vos collègues ont prit l’habitude d’en faire constamment. Au début, vous étiez gêné.e et vous avez souris, vous ne saviez pas comment répondre. Vous y avez même peut être contribué, vous avez fait une blague ou deux pour montrer que vous n’avez pas de problème avec ça, pensant que ce serait passager, anecdotique. Vous avez le sens de l’humour, une petite blague, ça ne fait pas de mal.

Mais petit à petit, ils ont prit la confiance. Ils insistent. Tous les jours, au moins une remarque, une réflexion et ils vous disent que c’est « juste une blaaaague ! ».

  • « Regarde j’ai bien bronzé, je suis aussi noir que toi ! »
  • « Toi tu dois pas avoir froid, vu tes origines »
  • « Tu es sûre que t’es pas malienne toi ? tu as beaucoup de famille ? »
  • « Je suis sûre que tu vas vouloir manger au KFC toi » 

Vous vous sentez de plus en plus mal à l’aise. Ce n’est plus drôle. Ce n’est pas drôle.

  • « Tu ne sais pas lire l’arabe ? t’es pas une vraie marocaine toi ! »
  • « Ne t’approche pas de la chinoise, tu vas attraper le virus !»

Vous leur avez demandé d’arrêter. Gentiment, au début. Puis fermement. Il n’y a eu aucun effet. Vous décidez d’en parler à votre manager. Il/elle vous dit que vous être trop susceptible, que vous n’avez pas le sens de l’humour.

« Si tu réagis comme ça, c’est que tu dois avoir d’autres problèmes personnels en ce moment non ? ». Vous attendiez une autre réponse de sa part.

Le temps passe et il ne se passe rien. Vos collègues continuent et vous vous sentez de plus en plus mal à l’aise. Vous vous isolez. Vous leur parler de moins en moins. Vous ne leur dites plus bonjour. Vous ne déjeunez plus avec eux.

Là, bizarrement, votre manager s’inquiète. Il/Elle vous convoque et insinue que c’est VOUS le problème

« Tu comprends, ce n’est pas possible de travailler avec quelqu’un qui ne respecte pas les bases de la politesse!« . Vous vous sentez incompris.e.

De VICTIME vous passez à COUPABLE.

Si vous vous reconnaissez dans cette situation, vous êtes victime de harcèlement discriminatoire.

Le harcèlement discriminatoire : définition

Si vous vivez en France, vous savez que dans notre pays, nous avons beaucoup de mal à ouvertement aborder les questions qui sont en lien avec les origines. Quand il s’agit de nommer et de décrire les discriminations raciales aux USA, il n’y a pas de problème, mais ici, nous ne voyons pas les couleurs car nous sommes un pays universaliste (cf. Article 1 de la Constitution: « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion » ).

Quoi qu’il en soit, la notion de harcèlement moral discriminatoire existe. Elle précède même les notions de harcèlement sexuel et de sexisme, qui contrairement à la question de l’origine, ont été fortement développées et sur lesquels il y a eu beaucoup de communication.

Le harcèlement discriminatoire est considéré par le Défenseur des Droits comme une forme de discrimination qui est définie comme :

« Tout agissement lié à [un motif prohibé], subi par une personne et ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant ». Art. 1 de la loi n°2008-496 du 27 mai 2008. 

Ainsi, pour être qualifiée de discrimination, la situation doit réunir 3 éléments :

  • Un agissement à l’encontre d’une personne salariée ou agent public
  • Lié à un motif prohibé par la loi (il y a actuellement 25 critères de discriminations dont l’origine)
  • Qui a pour objet ou pour effet de porter atteinte à la dignité ou de dégrader l’environnement de travail

De quels agissements parle-t-on ?

Les agissements peuvent être de l’ordre du verbal ou du non verbal (exemple: mettre une peau de banane sur votre casier ; coller sur votre bureau une publicité liée au SIDA). Les actes verbaux sont souvent sous forme de blagues (mais pas seulement) à caractère racistes, directement ou indirectement liées à l’origine (ethnique, sociale, culturelle, religieuse).

C’est aussi agir différemment avec une personne en raison de son origine, l’humilier devant tout le monde. C’est là où c’est discriminatoire car c’est un traitement inégal en fonction des origines. Ce que l’on vous fait, on ne le fait pas à d’autres.

Pour qualifier une situation de harcèlement discriminatoire, un acte unique peut suffire. C’est à dire que dès la première blague raciste ou liée à votre origine, vous pouvez porter plainte. Mais comme vous n’avez jamais entendu parler de harcèlement discriminatoire, vous continuez à supporter.

L’auteur de ces actes peut être n’importe qui dans votre entourage professionnel : collègue, supérieur hiérarchique, subordonné, personne extérieure. Cette personne exerce une pression sur vous et crée un rapport de domination.

Et quid de l’origine de la personne ?

Étonnamment, les actes peuvent provenir de personnes blanches comme de personnes qui ont des origines extra-européennes. De ce que j’observe, cela arrive très souvent. Ne croyez donc pas que le fait que votre collègue soit Noir.e/ Maghrébin.e/Asiatique/Métisse comme vous, vous protégera contre ce type de comportement. Ces personnes vont accentuer la différenciation avec vous pour montrer aux autres qu’ils/elles sont différent.e.s.

Autre point très important : l’intention de l’auteur ne compte pas. C’est pour cela qu’il/elle se justifiera en disant : « c’est juste une blague », « tu n’as pas le sens de l’humour » ou « ne le prend pas personnellement« . La loi précise bien qu’il s’agit d’un agissement « qui a pour objet ou pour effet de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant ». Donc soit l’objectif est de vous offenser, soit la conséquence est que vous vous sentez offensé.e.

Ce qui compte c’est la manière dont VOUS percevez les choses. Si cela vous offense, c’est offensant. Si vous vous sentez humilié.e, c’est humiliant. POINT.

Quelles conséquences ?

Pour qualifier votre situation de harcèlement moral discriminatoire, il est important d’évaluer l’impact que ces actes (répétés ou non) ont sur vous. Il faudra donc évaluer s’il y a une dégradation de votre environnement de travail ou tout simplement de votre bien-être au travail. 

Exemple de conséquences que vous pouvez rencontrer :

  • Stress et anxiété (boule au ventre en allant au travail)
  • Alimentation (manque d’appétit / hyperphagie)
  • Sommeil modifié
  • Impact sur vos relations avec vos collègues / votre entourage
  • Confiance en vous 
  • Manque d’efficacité 
  • Retards au travail
  • Absences / Arrêts maladie 
  • Isolement 
  • Évitement de certaines personnes etc.
  • Etc.

Si vous êtes dans cette situation, sachez que votre employeur a l’obligation de sécurité et de prévention de ce type de situation. S’il manque à ses obligations, il peut être puni par la loi (voir la jurisprudence ici).

Pour info concernant les sanctions : La discrimination est punie de 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende au pénal et le harcèlement moral est puni de 2 ans de prison et 30 000 euros d’amende au pénal.

Quelles sont vos solutions ?

  1. Premièrement rassurez-vous, vous n’êtes pas seul.e !! Ce que vous vivez a un nom, c’est du harcèlement discriminatoire et c’est puni par la loi.
  2. Consignez par écrit tout ce qui se passe et se dit : imprimer et conserver les échanges d’e-mail ; noter avec précision tout ce que dit la personne (date, heure, qui a dit quoi, témoins).
  3. Enregistreles conversations, si possible : cela peut ne pas être recevable par la justice mais peut vous être utile pour consigner les preuves.
  4. Informez votre supérieur hiérarchique : il a l’obligation d’agir immédiatement, de faire cesser les faits et de les sanctionner ; de vous orienter vers les bons interlocuteurs (RH, médecine du travail, cellule discrimination) et informer les instances représentatives du personnel.  
  5. Dans la mesure du possible, continuez à travailler normalement : que personne ne puisse vous reprocher quoi que ce soit de ce côté-là.
  6. Si votre employeur n’agit pas ou ignore votre demande : menez une action auprès du Défenseur des Droits.
  7. Faites-vous accompagner : psychologiquement (contactez-moi) ; prenez conseils auprès d’un.e avocat.e.

Prenez soin de vous.