Mis en avant

Briser un tabou : Le racisme à l’école

« En CE1, moi et un autre élève racisé* étions victimes de notre professeure. Elle a fait la pire chose possible : refuser de nous éduquer. Au lieu d’apprendre à écrire comme les autres élèves, nous deux avions des cahiers de dessins. Pendant que les autres apprenaient à manier les lettres, nous, nous dessinions des lapins ou tout autre chose qui nous passait à l’esprit – et que forcément nous ne pouvions écrire. » (Diarra, 27 ans).

« L’école garantit à tous les élèves l’apprentissage et la maîtrise de la langue française. » (Article L111-1 du Code de l’Education).

*Racisé est un terme théorisé par la sociologue Colette Guillaumin dans les années 70′ et désigne les personnes susceptibles d’être victimes de racisme.

Penser l’impensable : Il y a du racisme à l’école

Il y a quelques années, j’ai travaillé en tant que chercheuse indépendante pour une structure qui crée des outils pédagogiques à destination des enseignants. Nous avons travaillé ensemble sur l’impact des stéréotypes et des préjugés dans la relation professeurs-élèves (lire la note de synthèse ici).

Pour faire cette étude, j’ai dû me rendre dans des écoles d’Ile-de-France. Je me souviens très bien d’une enseignante qui a très mal réagit après avoir répondu à mon questionnaire. Comment osais-je, dit-elle, présupposer que les enseignants pouvaient traiter les enfants différemment en fonction de leurs origines ethniques ou sociales ? Ils traitaient tous les enfants de la même manière et ne voyaient pas les couleurs ! Elle a été très émue et très inconfortable. Si elle avait su, elle n’aurait jamais accepté de participer à mon étude.

Après avoir relaté cette anecdote sur mon compte Instagram, j’ai reçu énormément de témoignages de personnes ayant vécu du racisme à l’école.

Les témoignages seuls auraient suffi à écrire cet article.

De la maternelle à l’université, en passant par les classes préparatoires et les écoles de commerce, aucune structure n’est épargnée par le racisme. Il se manifeste à la fois entre les élèves, entre les élèves et les professeurs, entre les professeurs et les parents d’élèves, sans oublier les conseillers d’orientation-psychologues, les assistants sociaux et le personnel administratif.

A toutes les échelles que représente cette grande institution qu’est l’Éducation Nationale avec ses 1,2 millions d’agents, des situations de racisme surviennent tous les jours à des degrés que vous êtes loin d’imaginer.

De quels comportements parle-t-on ?

De la simple remontrance aux violences psychologiques voire physiques, certains enfants subissent des faits graves aux conséquences désastreuses.

Brimades, humiliations, punitions disproportionnées, empêchement d’aller vers l’orientation de son choix, découragements, sous-estimation des compétences, accusations de tricherie, redoublements abusifs, violences psychologiques et parfois physiques, des décisions injustes que l’administration refuse de corriger. Le racisme se manifeste de multiples manières et à toutes les étapes de la scolarité.

Dans cet article, je commencerais par vous présenter les témoignages d’élèves et de professeurs victimes de racisme dans leur établissement scolaire ainsi que les conséquences subséquentes, puis nous évoquerons des solutions pour savoir quoi faire concrètement si cela vous arrive ou arrive à votre enfant, avant d’explorer des pistes de réflexion pour l’Education Nationale. A la fin de l’article, vous trouverez des ressources pour aller plus loin sur cette question.

1. Le racisme existe à tous les niveaux

Le racisme est une idéologie aux deux postulats : (1) la croyance en la distinction des groupes humains en races distinctes selon leur apparence physique et (2) la hiérarchisation de ces groupes dans laquelle les Blancs occupent le haut de l’échelle et les Noirs tout en bas, au milieu les autres groupes (Asiatiques, les Maghrébins, etc.).

Cette idéologie prend vie grâce à des stéréotypes (croyances partagées à propos des comportements, compétences et moeurs des groupes considérés) et des préjugés (jugements a priori, attitudes souvent négatives) qui peuvent mener jusqu’à la discrimination (traitement inégal et injuste) voire à la violence à caractère raciste.

Aux Blancs sont associées des croyances positives (ex: beaux, intelligents, compétents, etc.) et aux Noirs, ou aux non-blancs en général, des croyances négatives (ex: pas intelligents, moches, paresseux, violents).

Ces croyances et attitudes influencent la perception, les jugements et la prise de décision des individus entre eux, comme le montrent les témoignages suivants.

En maternelle & à l’école primaire :

« Je me souviens d’une institutrice de maternelle qui me détestait, elle me mettait dans un état ! Je sentais que son attitude était différente par rapport aux autres élèves qui étaient à 98% Blancs. Elle m’a même giflée ! A cette époque, je me sentais bloquée et nulle. D’autant plus que l’école m’avait envoyée chez le psychologue qui en avait déduit que j’étais attardée, et avait dit à mes parents que « je ne ferais jamais d’études et que je ne pensais qu’à jouer ». J’avais 5 ans ! L’année d’après, j’ai changé d’école et je me suis retrouvée avec des gens qui me ressemblaient. Aujourd’hui, j’ai un Master II en Droit du travail & GRH. Je pense que j’ai encore beaucoup de doutes, mais ce qui est certain, c’est que c’était eux le problème » (Maëlle, 28 ans).

« Moi c’était clairement de la xénophobie au lieu du racisme. Sous prétexte que j’étais étrangère à l’île, ma maîtresse n’hésitait pas à me donner des claques ou de me griffer au menton et jusqu’à m’arracher la peau. Elle me mettait dans le groupe des « nuls » alors que je ne faisais qu’une seule faute aux dictées. La jolie petite brune aux yeux bleus était son chouchou, elle avait toutes ses faveurs. Je ne pouvais même pas en parler à ma mère car j’étais bien consciente des soucis qu’elle avait et je ne voulais pas lui en rajouter ». (Raja, 33 ans)

« Je pense à deux moments que je n’arrive toujours pas à comprendre : (1) Être privée d’aller visiter l’Exposition universelle 2002 qui avait eu lieu en Suisse parce que la condition pour y aller était de corriger une dictée. Chose faite mais étant donné qu’il « restait une tâche d’encre », j’ai dû rester dans la classe du niveau d’en-dessous pour faire des exercices alors que toute ma classe y est allée, y compris ma soeur jumelle. Ça a créé une grosse confusion pendant longtemps, tant c’est absurde et injuste ; (2) l’année suivante avec la même enseignante, le principe étant que si tu finis un exercice avant les autres, tu peux choisir un jeu en attendant. Je termine rapidement un exercice, en même temps que les «forts». Sauf qu’au lieu de choisir un jeu, l’enseignante est venue sous mon bureau prendre la pochette qui contenait toutes mes fiches. Elle est retournée devant toute la classe, a ouvert la pochette et a laissé tomber toutes les feuilles au sol en disant que c’était «le bordel». J’ai dû me mettre par terre pour tout trier. Une humiliation que je n’oublierais jamais. J’ai eu tellement honte que je n’ai pas osé le dire à ma mère. Maintenant je suis psychologue mais j’ai effectué mon parcours scolaire et universitaire dans la douleur et l’auto-sabotage. Heureusement que ma mère m’a répété que j’étais capable toute mon enfance sinon je n’aurais jamais pu croire en moi » (Nadya, 31 ans).

Au collège :

« Mon frère a vécu ça toute sa primaire. Il était souvent suspecté de tricherie parce qu’il était bon élève. À partir du milieu du collège, le positionnement de ses professeurs a changé. Ils lui en demandaient beaucoup plus que les autres parce qu’il était bon élève. Je me souviens encore de son désarroi quand ils lui ont fait redoubler sa 3ème parce qu’il était en dessous de ses capacités selon ses professeurs (il avait 14 de moyenne pourtant !) » (Salima, 35 ans).

C’est ce qu’il y a de fascinant avec le racisme : pile ils gagnent, face nous perdons.

« Au collège, ma voisine (blanche) avait triché en recopiant sur moi pendant un devoir sur table. Mais c’est moi qui me suis faite accusée de tricherie de façon totalement arbitraire par la prof au moment du rendu des copies. Ma voisine a eu une bonne note, celle que je devais avoir, et moi pas. Pas de négociation possible avec la prof qui était persuadée que la tricherie venait de ma part. Je me suis entendue dire le fameux « c’est comme ça et pas autrement ». Et bien sûr ma voisine ne s’est jamais dénoncée » (Louisa, 25 ans).

« J’ai été victime de racisme au collège de la part de mon professeur principal de techno. Il m’a fait redoubler mon année de 3ème alors que j’avais eu mon brevet. Il ne pouvait pas concevoir qu’une jeune fille noire vivant à la campagne soit orientée en Lycée Général. Souvent, les personnes racisées étaient orientées vers les lycées professionnels les plus pourris de la ville. J’ai redoublé uniquement pour cette raison. Il m’a dit “je te fais passer seulement si tu vas en pro”. J’ai donc perdu une année. Mais l’année d’après je suis finalement entrée en lycée général, obtenu mon BAC mention bien puis une Licence d’anglais à La Sorbonne. Et quelques années après, j’ai été engagée en tant que professeur d’anglais contractuelle dans mon ancien collège, où j’ai pu retrouver ce même prof ! J’étais devenue sa collègue et gagnais le même salaire que lui. Il ne m’a jamais dit « bonjour » ni même adressé un seul regard tout le long de mon contrat » (Marianne, 36 ans).

Au lycée :

« Au lycée, les profs de mon frère lui disaient qu’il était nul, qu’il ne ferait jamais rien de sa vie. Pourtant, il avait le don des maths mais pour ses profs, il a toujours été l’arabe incapable. On a du le faire redoubler et le changer de lycée pour qu’il puisse faire une seconde générale. Il a fini par faire l’Ecole Normale Supérieure. On a eu une énorme chance d’avoir des parents très vigilants par rapport aux études, sinon on ne serait jamais allé aussi loin. L’éducation nationale n’encourage pas les gens comme nous à faire des études prestigieuses. » (Inès, 30 ans).

« A l’âge de 17/18 ans je suis allée consulter l’assistante sociale de mon lycée car mon père avait l’intention de me marier de force aux prochaines vacances scolaires. Il était difficile pour moi d’en parler. Personne n’était au courant dans mon entourage. Je prends mon courage à deux mains pour en parler, trouver une solution et échapper à ce mariage. La bonne femme me répond naturellement : « Vous devriez suivre votre père, il n’y a pas d’autres solutions pour les personnes comme vous ». (Kadiatou, 41 ans).

Dans l’enseignement supérieur :

« J’ai raté un partiel un jour car je n’avais pas reçu l’e-mail pour le changement de salle et d’horaire. Une autre fille a aussi raté le partiel pour le même problème. Nous sommes allées voir le prof qui nous a dit que c’était ok, qu’on garderait nos notes de mi-semestre. Quelques jours après, la situation se retourne contre moi. Le prof décide de me faire repasser le partiel sinon il me met 0/20. Je ne comprends pas, je refuse car nous avions un accord. Je demande à l’autre élève si c’est pareil pour elle aussi. Elle me dit que pas du tout, le prof l’avait jugée assez digne de confiance et assez assidue en cours pour garder sa note. Pourtant, j’ai été présente à tous ses cours aussi. Je précise que l’autre élève était blanche. J’ai fais un recours auprès de l’administration qui ne m’a pas soutenue. Le prof a insisté et m’a mis 0/20. Je n’ai pas validé mon semestre et ait été obligée de passer aux rattrapages. » (Séverine, 24 ans).

Tous ces témoignages montrent à quel point des enseignants (et autres adultes) se laissent totalement dépasser par leurs stéréotypes et leurs préjugés. Persuadés que les enfants aux origines extra-européennes sont incompétents, pas intelligents ou qu’ils n’ont pas d’avenir, il leur est impossible d’envisager l’inverse.

Surviennent alors des comportements tentant de rétablir l’ordre (la hiérarchie) en lequel ils croient (paroles blessantes, sanctions, notes injustes, redoublement abusifs, etc.). Cet enfant, même s’il a eu son brevet, ne doit pas aller en filière générale car ce n’est pas sa place.

Les élèves peuvent alors aller dans le sens de la volonté des adultes, et ainsi confirmer leurs attentes: c’est ce que l’on appelle les prophéties auto-réalisatrices ou effet pygmalion (plus de détails ici).

2. La question de l’orientation

En France, les filières professionnelles sont perçues à tort comme étant moins prestigieuses que les filières générales (en Allemagne par exemple, ce n’est pas du tout le cas). Le moment de l’orientation est un moment clé dans la scolarité remettant en question le déterminisme social : les personnes non-blanches sont moins présentes dans les filières prestigieuses, ou perçues comme telles, et ça doit le rester pour une partie du personnel d’éducation qui sera plus enclin à leur proposer (si ce n’est imposer) le choix des filières professionnelles.

« Ma sœur voulait faire médecine. On lui a dit qu’il fallait d’abord nettoyer les hôpitaux avant d’être médecin. » (Inès, 30 ans)

« J’ai dit en 3ème que je souhaitais devenir architecte, j’étais une excellente élève et on m’a répondu : les études sont longues et très chères ! J’ai abandonné le projet pour ne pas gêner mes parents. Mais en réalité pourquoi m’a-t-on dit ça ? » (Alicia, 29 ans).

Au collège, après des heures de recherche à la médiathèque, j’ai été voir la conseillère d’orientation pour discuter de quel chemin prendre pour atteindre mes objectifs après le brevet. Je tombe des nues quand elle me dit que « les gens comme toi doivent aller en pro, faire un bac pro vente ou secrétariat ». J’étais dans un collège REP+ avec 90% de personnes racisées. Mais j’ai toujours fais partie du top 5 des meilleures élèves avec 16 de moyenne. Elle insiste et me dit « le niveau est facile et vous trouverez vite du boulot ». Je lui dit que j’avais envie de travailler en laboratoire, peut-être faire de la recherche, ou encore faire du Droit comme mes grandes soeurs. Elle me dit que de toutes façons mes soeurs allaient échouer et qu’il fallait pas que je me fie aux gens qui venaient nous parler de leurs métiers parce que ça ne nous était pas accessible (des juges, entre autres, étaient venus nous parler de leurs métiers). Je suis ressortie de cet entretien confuse et lessivée. J’ai pris conscience qu’on ne pouvait pas faire confiance à tous les maillons du système. On a appris par la suite qu’elle répétait tout en salle des profs. Elle disait : « De toutes façons, ils n’iront pas loin, ils ne passeront pas le bac et ont déjà tous des problèmes de près ou de loin avec la justice« . J’ai quand même fais une prépa, 2 ans de droit, un BTS en analyses biologiques et biotechnologies. Après quelques années à travailler en laboratoire d’aide médicale à la procréation, je me réoriente actuellement en pâtisserie ». (Chaïma, 29 ans) 

« Ma prof principale a convoqué ma mère car j’ai dit que je voulais être médecin (ce que je suis aujourd’hui). Elle trouvait cela trop dur (ambitieux ?) pour moi et voulait m’informer qu’il y avait un concours à l’entrée, ce que je savais déjà. Elle me conseillait de faire Sciences médico-sociales car soi-disant, c’était beaucoup plus adapté pour moi ». (Safyetou, 41 ans).

« Au lycée, j’ai décidé que je voulais faire quelque chose dans le commerce international mais je ne savais pas quoi exactement. Ma mère m’a dit d’aller voir une conseillère d’orientation pour en savoir plus. Au début, la dame était cool, mais à la minute où je lui ai dit que j’avais fait mes recherches et que je voulais faire un BTS dans un Lycée renommé, elle a commencé à me rabaisser, à dire que mes notes ne suffiraient pas. Elle a dit : « Ils prennent beaucoup de gens, donc c’est sûr qu’ils ne te prendront pas, tu as visé trop haut, tu devrais faire un BTS dans notre lycée ici bla bla bla ». Et tout ça, elle l’a dit sans jamais avoir vu mes notes. Elle a supposé tout ça juste en me regardant! Je ne l’ai pas écoutée et j’ai été acceptée dans le BTS en question. » (Mariama, 37 ans)

Les compétences des élèves racisés sont ainsi très souvent sous-estimées en raison des stéréotypes associés à leurs groupes : perçus comme pas intelligents, pauvres, violents, paresseux, ils se retrouvent souvent dans des situations où ils doivent prouver qu’ils ont les moyens (financiers et intellectuels) de leurs ambitions.

3. Des conséquences à long terme :

Etre fréquemment confronté à des situations de racisme et de discriminations a un impact négatif sur la santé mentale et physique des victimes.

Que ce soit en raison d’actes uniques mais suffisamment graves, ou à la suite d’une répétition de situations dites de « racisme ordinaire », les conséquences peuvent durablement impacter le bien être et le parcours de vie des adultes en devenir.

Les témoignages font état de : manque de confiance en soi, stress et anxiété, incapacité à se projeter dans un futur positif, absentéisme, décrochage scolaire, dépressions et tentatives de suicide.

En primaire, ma prof m’a accusée d’avoir triché sur Marine, ma voisine. Pour elle, c’était impossible que je réussisse mes exercices seule. Ça c’était déroulé en matinée, juste avant midi. Elle m’a gardée 30 min de plus pour me forcer à avouer. Je n’ai pas arrêté de pleurer. Je suis rentrée chez moi pour manger puis au retour elle n’a pas lâché l’affaire. A la sortie de 16h, elle m’a encore gardée… pour que j’avoue ce que je n’avais pas commis. J’ai menti et j’ai dis que j’avais triché alors que pas du tout… Cette prof c’était une terreur, elle avait même une fois jeté mon cahier du jour par la fenêtre prétendant que c’était tenu n’importe comment… bref elle m’a terrorisée ! Ce n’est qu’à l’Université que j’ai commencé à avoir confiance en moi au niveau scolaire, sinon dans ma tête, j’étais toujours persuadée que j’étais nulle. J’en n’avais jamais parlé à personne. J’étais excessivement timide et gênée à l’époque. Elle a été comme ça avec tous les enfants racisés de mon quartier, elle leur a presque tous fait redoubler« . (Awa, 28 ans)

« Mon petit frère a subi du harcèlement de la part du CPE et un autre prof de son Lycée pendant 2 ans. Ce qui a débouché sur un décrochage scolaire (exclusion avec conseil de discipline à quelques jours du bac), une tentative de suicide et une longue dépression. » (Louisa, 25 ans).

« Mon petit frère a vécu du racisme en maternelle et a dû consulter par la suite, on lui a dit qu’il était dyslexique. Je pense que ses symptômes sont dû à ce qu’il a vécu. Nous avons grandi dans une ville de campagne avec au maximum 20 personnes de couleurs. J’ai vu des parents et des enfants être odieux envers l’enfant que j’étais. Donc je pense que ça a aussi été le cas pour mon petit frère qui était plus jeune. Je me souviens de larmes, d’une profonde tristesse et d’un sentiment d’impuissance. Cette situation a eu des conséquences grave sur sa vie : difficultés scolaires, manque de confiance en soi, absentéisme, sensation de ne pas être à sa place et autres. » (Mélanie, 25 ans)

4. Les professeurs racisés sont aussi victimes de racisme

« Le remède à toutes ces injustices n’est-il pas d’infiltrer le système et de devenir ces profs pour éviter ces actes racistes ? J’étais prof il y a quelques années et en lisant ces témoignages horriblement poignants, je n’ai qu’une seule envie, c’est de reprendre le métier d’enseignant. Je veux montrer à mes enfants que moi aussi en tant que femme noire je peux transmettre le savoir et faire barrière à toutes ces inégalités auxquelles ils auront malheureusement avoir à faire face. » (Haby, 32 ans).

Les professeurs racisés peuvent aussi être confrontés à des situations de racisme dans leur établissement. Que ce soit de la part des parents d’élèves, des élèves eux-mêmes ou des collègues.

Ils ne savent pas toujours comment réagir et se sentent rapidement en minorité. Face au déni, ils préfèrent se taire plutôt qu’argumenter. Malgré tout, ils tiennent bon pour les élèves racisés et leurs familles, rassurés de voir une personne qui leur ressemble occuper la place prestigieuse du professeur. Une représentativité qui permet de trouver du sens et de supporter le quotidien.

« Franchement c’est dur… je garde encore des grosses séquelles psychologiques de mon expérience à l’école. Mais je suis contente d’être prof maintenant et de constater que ma présence en classe contrairement à ce que certains pourraient dire, représente l’universalité et la tentative d’inclusion du maximum d’élèves » (Marianne, 36 ans)

« Il y a 2 ans j’étais dans le 5e arrondissement de Paris et là-bas les seuls Noir-e-s que les enfants fréquentent sont des nounous et des femmes de ménage. Le jour de la rentrée, une élève de 4 ans m’a demandé pourquoi j’étais noire ? Sous-entendu pourquoi la maîtresse est noire ? J’ai eu dans ce même arrondissement des remarques racistes de la part d’enfants de 8-9 ans mais qui n’en avaient même pas conscience. Ils reproduisent ce qu’ils entendent et ce qu’ils voient à la maison. » (Claire, 25 ans)  

« Je suis enseignante et c’est un vrai problème que tout le monde cache sous le tapis. J’ai connu de longs moments de solitude en salle des profs. Combien de fois j’ai fuis certaines salles des profs, mordu ma langue, roulé des yeux. Une fois, n’en pouvant plus après une énième remarque, j’ai un peu haussé le ton. Mais bien évidemment, ils ont campé sur leur positions et ça m’a fatiguée, alors j’ai abandonné ce genre de discussions. » (Clarisse, 31 ans)

« J’ai travaillé dans une école primaire et un jour l’assistante de direction a utilisé le mot « chintock ». Je n’étais plus choquée par ce genre de comportements, j’étais déjà au bout du rouleau (…) et bien sûr les collègues blancs n’ont pas réagi… Seule une enseignante racisée (antillaise) a réagi en disant qu’il ne fallait pas utiliser ce terme ». (Jihane, 26 ans)

« J’insiste sur le fait que ce sont les PROFS BLANCS qui ont beaucoup de préjugés et stéréotypes et tiennent aussi des propos racistes. J’ai une collègue qui, pour parler de ses élèves (noirs et arabes) elle dit « les étrangers« . Et mon directeur (qui est d’origine maghrébine) essaye de lui faire comprendre que ce n’est pas parce qu’ils sont noirs ou arabes qu’ils sont étrangers. Ils sont nés en France donc ils sont français ! » (Kamélia, 24 ans)

« Je me concentre sur les enfants et je vois bien que chez eux et chez certains parents, la représentativité compte. J’ai travaillé en REP, certains enfants m’ont déjà fait des remarques comme : « Tu es comme moi », « On se ressemble », « On pense pareil », « On a les mêmes cheveux ». Et certains parents m’ont dit à ce propos : « On est contents de vous avoir« . » (Clarisse, 31 ans).

La représentativité, ou présence de role models, est très importante pour les groupes minorisés. Elle permet la projection dans une position qui n’était auparavant pas envisageable. Et à force de concrétisations et d’explosions des plafonds de verre, elle contribue à réduire les inégalités.

5. Que faire concrètement si vous ou votre enfant estimez avoir été victime de racisme à l’école ?

« Mes années lycées sont tellement « riches » en souffrances, harcèlements du corps enseignant et de la direction, discriminations, humiliations que je ne saurais les écrire. Ma principale préoccupation en voyant que quasi rien n’a changé, c’est comment protéger nos enfants ? » (Fatoumata, 40 ans).

Certains témoignages soulignent le rôle primordial des parents sur la trajectoire et sur la manière de faire face au racisme.

Etre vigilants, écouter son enfant, l’encourager, le soutenir et lui redonner confiance en ses capacités sont des moyens de l’armer face au racisme à l’école. Parler en son nom auprès des représentants de l’autorité, faire les réclamations et/ou le changer d’école si rien ne change sont aussi des actes forts.

Si vous ou votre enfant a été victime de racisme :

  • Vous devez dans un premier temps faire un recours auprès de l’établissement ou du service concerné.
  • Sans réponse satisfaisante, vous pouvez solliciter le médiateur de l’éducation nationale.
  • Si la situation ne se règle pas, vous pouvez écrire au rectorat et saisir la justice en déposant plainte.

Mais encore une fois, sachez que vous aurez affaire à des êtres humains qui peuvent aussi être empreints de stéréotypes racistes et de préjugés bien ancrés.

Processus classique dans le racisme : de victime vous passerez à coupable.

Marianne (à qui on a fait redoubler la 3e alors qu’elle avait eu le brevet) raconte :

 » On a fait un recours en appel afin de reconsidérer la décision. Franchement, ça a été l’un des pires moments de notre vie pour ma mère et moi. Du haut de mes 14 ans, j’ai dû me défendre seule devant un jury d’une dizaine de profs blancs. Je ne me suis jamais sentie aussi jugée de ma vie. C’est vraiment le sentiment dont je me souviens le plus quand j’y repense. Le jugement et le mépris envers ma mère qui elle, était terrifiée. Notre demande a finalement été refusée par le jury et j’ai redoublé ». (Marianne, 36 ans).   

« Il faut arrêter de vouloir faire évoluer des cons. C’est un combat épuisant. Elle a dénoncé des faits, elle a trouvé porte fermée, elle passe à l’échelon supérieur : écrire au rectorat avec copie au ministère et en lettre recommandée avec accusé de réception (max 1,5 page). Parallèlement : plainte pénale. Le harcèlement scolaire constitue une infraction pénale. Ils ne veulent pas voir le racisme, aucun problème pour arriver à nos fins il faut changer de moyens quitte à modifier la qualification juridique des faits : ne parlons pas de racisme, parlons de harcèlement scolaire. Je suis avocate, j’ai défendu une victime et les choses ont changé du jour au lendemain quand l’auteur des faits a été convoqué en présence de ses parents à la gendarmerie. » (Salima, 29 ans).

5. Pistes de réflexions pour le domaine de l’éducation

Le racisme est systémique :

Les stéréotypes et les préjugés sont des croyances et attitudes partagées par une société donnée. Nous les connaissons tous et ils nous influencent tous à des degrés divers.

C’est pour cela que tous ces témoignages nous font penser à une forme de connivence entre les différents organes du monde enseignant. Les inégalités se reproduisent inexorablement, à l’identique et à chaque niveau d’analyse.

C’est ce qu’on appelle le racisme systémique.

« C’est triste mais je suis partagée entre la colère, le dégoût et le soulagement. « Je ne suis pas folle, ils ont vraiment un problème » vs. « je ne suis pas seule à l’avoir vécu». (C’est la petite moi que ça touche). Même si le facteur discrimination se voit et se sent gros comme une maison, je trouve qu’il est parfois difficile de le justifier quand on est la seule famille de Noirs du village. Une partie de moi s’est vraiment demandée si elle ne manquait pas réellement de capacités, tout simplement. À force de tomber sur des enseignants qui répètent les mêmes choses, ils ont peut-être raison, pourquoi ce serait plus parce que je suis noire que parce que je ne suis pas capable ? » (Ndeye, 30 ans)

Pour démanteler ce système dans lequel les personnes non-blanches sont quasi systématiquement moins bien loties que les personnes blanches, il faut une prise de conscience à l’échelle individuelle et globale.

De l’importance de la formation

Les enseignants, le personnel médico-social et administratif, malgré leur volonté de ne pas faire de différences entre les élèves, ne peuvent s’extraire d’un fonctionnement sociétal présent depuis des siècles.

Pour ne pas utiliser les stéréotypes et les préjugés, il faut faire preuve d’une volonté consciente qui peut s’initier et s’aiguiser grâce à une formation sur le sujet.

Entre 2018 et 2020 a été mis en place un plan national de lutte contre le racisme et l’antisémitisme au sein de l’Education Nationale. Un plan d’action a été construit pour sensibiliser les élèves, en coopération avec le personnel enseignant, administratif et les associations étudiantes. Ce plan traduit une réelle volonté du Gouvernement de s’attaquer au sujet.

Je n’ai pas trouvé de bilan de ce plan, peut-être est-ce trop tôt. En attendant, pour se former au sujet, les enseignants peuvent aussi recourir aux formations du réseau canopé.

Permettre aux enfants de parler de ce qu’ils vivent :

Nous l’avons vu dans les témoignages, bien que les situations soient graves, les enfants n’en parlent pas forcément à leurs parents. Lorsqu’ils le font et que ceux-ci interviennent, ils font face à un personnel éducatif réticent, remettant en question de la véracité des faits si ce n’est de suggérer une fragilité psychologique inhérente à leur personne.

Un retournement de situation fréquent lorsqu’on aborde les questions de racisme avec des personnes qui ne sont pas sensibilisées ni sensibles au sujet.

« Notre fils de 4 ans a été victime de propos odieux par d’autres enfants en maternelle : « On va te jeter aux toilettes parce que tu n’es même pas blanc », « tu es moche parce que tu es marron caca ». La Directrice et l’enseignante ont refusé de prévenir les parents. Elles ont voulu régler ça entre elles, en disant qu’évidemment notre fils avait mal compris, qu’il était dur de savoir ce qui était vrai ou pas car « ils parlaient sûrement de son manteau ». Et parce que nous avons décidé de nommer et de dénoncer des propos racistes, elle a dit que nous avions créé des problèmes pour rien, que nous retirions toute innocence à notre fils et l’empêchions de grandir en agissant de la sorte. Pendant le rendez-vous, l’enseignante est même allée jusqu’à dire qu’avant, on ne parlait pas autant de racisme et ça allait. C’est à force d’en parler que ça en crée, et qu’on ne peut pas parler de propos racistes à cet âge. Je lui ai proposé des études démontrant l’intégration des préjugés sexistes et raciaux bien avant cet âge-là. Elle m’a hurlé dessus, disant que ça ne l’intéressait pas ! Elle a terminé par nous dire d’envoyer notre fils chez un psy, car s’il en fait des cauchemars c’est que c’est sûrement lui le problème. Elle a dit à mon mari (qui est noir) d’arrêter de mettre son fils en condition d’être victime de racisme. Elle s’est même justifiée en disant qu’on ne pouvait pas la traiter de raciste car son mari est d’une religion différente, puis elle a claqué la porte. Pourtant, on est restés calmes et courtois malgré le procès qui nous était fait. » (Isabelle, 36 ans).

Et pourquoi pas réaliser des ateliers en classe sur le racisme afin de sensibiliser TOUS les élèves ? Car ils sont tous concernés, pas seulement les victimes mais aussi et surtout les potentiels AUTEURS.

Le rejet de l’autre survient très tôt. Ce qui est déplorable, ce n’est pas de remarquer les différences de couleurs de peau, mais d’en faire une raison de rejeter l’autre et de le mépriser.

Et ces croyances s’acquièrent très tôt, avant 4 ans, dans le cercle familial et s’entretiennent dans les différents cercles sociaux qui seront fréquentés par la suite.

Consulter un psychologue :

Nous l’avons déjà dit, le racisme et la discrimination ont un impact néfaste sur la santé et sur le parcours de vie. Il peut être nécessaire à un moment donné de consulter un.e psychologue et il ne faut pas hésiter à le faire.

Je mets ici le témoignage de Laureen. Tellement poignant et représentatif de tout ce qui a été évoqué ici que j’ai décidé de le publier en entier :

« J’aimerais parler de mon expérience au Lycée à Perpignan. De la classe de troisième à la classe de terminale, j’entendais tous les jours des propos racistes. Cela pouvait être du racisme ordinaire du style « T’es mieux avec les cheveux lisses », « On ne te voit pas dans le noir », à des trucs plus violents du style « T’as la couleur de la merde », « Les Noirs vous êtes bons qu’à travailler la terre, c’était comme ça et ça le restera », « On ne va pas se le cacher, ce sont les Noirs et les Arabes qui foutent la merde en France », « On vous a apporté l’éducation en vous colonisant ».

De la seconde à la terminale, à cause de toutes ces attaques racistes, j’ai commencé à détester ma couleur de peau, mes cheveux. Je me renseignais sur des chirurgies du nez et des lèvres pour les amincir, sur des crèmes éclaircissantes. En me voyant dans le miroir, je pouvais aller jusqu’à me frapper.

C’était beaucoup trop à supporter pour une ado en pleine construction de son identité, de son estime de soi… 

En terminale, en classe d’économie, j’ai choisi de faire mon exposé sur le racisme en France, en donnant des chiffres, puis en parlant de mon expérience. Évidemment, j’ai fondu en larmes à la fin. Ma prof d’économie n’a rien trouvé d’autre à me dire que « Tu n’as pas parlé du racisme anti-blanc » et « Il ne faut pas en vouloir à tes camarades, ils sont jeunes et ne se rendent pas compte de ce qu’ils disent ».

Sur le coup, déboussolée, en pleurs, je n’ai pas pu lui répondre. L’histoire a tourné dans tout le lycée. Les profs et la CPE étaient au courant et n’ont rien fait. On m’a dit que je me victimisais, dans l’histoire c’était moi la méchante. Jusqu’à maintenant, j’en veux à cet établissement, à ces profs qui ont préféré défendre le racisme des élèves blancs plutôt que d’écouter les appels à l’aide de leur élève qui subissaient le harcèlement scolaire raciste.

En Terminale, j’ai fait une tentative de suicide, ça a vraiment été les pires années de ma vie, et j’en garde des séquelles psychologiques jusqu’à maintenant. Je n’ai aucune confiance en moi, je n’arrive pas à m’affirmer, je ne sais plus vraiment qui je suis à force d’avoir essayé d’être la personne qu’on voulait que je sois, à force de m’être tu.

J’ai beaucoup de mal à digérer le fait que j’aurais pu littéralement mourir et que des adultes m’aient tourné le dos. Je m’en veux à moi-même de ne pas avoir su répondre, tout en sachant que rien de ce que je n’aurais pu dire n’aurais pu convaincre les élèves quand la professeure elle-même, figure d’autorité, ne voulait pas m’entendre.

Je m’en veux de ne pas en avoir parlé à mes parents, alors que j’avais quelque preuves écrites (même si la plupart des attaques étaient orales), car il y avait largement de quoi porter plainte.

J’ai ensuite commencé à beaucoup m’informer sur l’antiracisme pour pouvoir me défendre à l’avenir. J’ai appris à aimer et à être fière de mes origines et de ma couleur de peau. Aujourd’hui, je suis devenue très engagée pour apprendre à me défendre et j’essaie de ne plus me taire ! 

Je n’ai jamais eu de suivi psychologique, je ne devrais pas m’auto-diagnostiquer, mais je pense très sérieusement être dépressive. Je me scarifiais encore il y a à peine un an, je me faisais vomir, je buvais presque tous les jours, je fumais des quantités de weed (j’ai arrêté il y a 2 mois). J’ai l’impression de ressembler à un monstre des fois, d’être difforme, tout en sachant à la fois qu’on me trouve généralement jolie.

Je suis tout le temps sur mes gardes quand je parle à des gens, tellement que je préfère m’isoler et me couper du monde même si ça me rend malheureuse. Souvent, je fais des crises de panique.

Une des choses les plus difficiles c’est l’impression d’être coincée car :  (1) Je suis la pro pour faire semblant, faire comme si tout allait bien, (2) je viens d’une famille qui considère que les problèmes psy n’existent pas, ça fait 4 ans que ma famille pense que tout va bien alors que j’ai passé des moments très très sombres, notamment pendant le confinement que j’ai passé totalement seule. Et (3) Ils n’ont jamais vraiment pu constater mon état car je ne les vois presque jamais. Je vis en Métropole depuis mes 18 ans pour mes études et eux ont déménagé en Martinique puis en Inde après mon bac.

Ma vie n’a été que succession de harcèlements : du CM2 à la quatrième parce que j’étais considérée comme « moche », puis de la troisième à la terminale parce que j’étais Noire.

J’ai maintenant 22 ans et j’ai l’impression que je ne pourrais jamais passer à autre chose, je sens que je suis peut-être détruite à vie. »

Laureen, 22 ans.

6. Pour aller plus loin :

Voici quelques ressources pour creuser le sujet.

A lire :

Autres articles du blog :

Ouvrages

Rokhaya Diallo, « Comment parler du racisme aux enfants », 2013, Ed: LE BARON PERCHE

Laura Nsafou, « Comme un million de papillons noirs » , 2018, Ed: Cambourakis

Laura Nsafou, « Le chemin de Jada », 2020, Ed: Cambourakis.

Vous pourrez trouver des ouvrages à destinations d’enfants et d’adultes sur le site LEBDO librairie (Les enfants du bruit et de l’odeur).

A écouter :

A voir :

Documentaire, « Noirs en France », France télévisions, 2022.

Les vidéos et les livres « Little Nappy » par Hashley Auguste.

Et vous, avez-vous vécu du racisme à l’école ?

Si vous souhaitez témoigner ou ajouter des éléments que je n’aurais pas évoqués ici, n’hésitez pas à commenter ou à m’envoyer un e-mail.

Prenez soin de vous.

Je tiens à remercier chaleureusement toutes les personnes qui ont témoigné. Sans vous, cet article n’aurait pas pu voir le jour. Merci.

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Comment répondre au racisme ordinaire ?

*Crédit photo : Yasin Yusuf / Unsplash

« Je travaille comme enseignante à l’Education Nationale dans une zone REP. Un jour à table, un collègue dit « ce qui est bien avec vous les Noirs, c’est qu’on peut vous frapper et on ne verra rien sur votre peau ». Il m’a prise en exemple et a dit que sur moi ou sur un élève noir, il peut y aller, on ne verra rien sur notre peau et qu’il ne risquerait pas d’être inquiété par la justice. Sur le moment, je n’ai rien dis. J’ai été trop choquée. C’est comme si tout le poids de l’esclavage et de la colonisation étaient tombés sur mes épaules. Je crois qu’il a touché à de l’intime et ça m’a comme… brisée sur le coup ». Aminata*, 42 ans.

Ce qu’il y a de particulier avec le racisme, c’est qu’on ne sait jamais quand ni comment il va s’exprimer. Il peut venir de partout et surtout de personnes que l’on ne soupçonnerait pas.

Le mot « racisme » fait peur et on a tendance à penser qu’il ne concerne que les actes ouvertement hostiles de rejet voire de violences. Même s’il est émotionnellement difficile d’y faire face, ils ont l’avantage de ne pas susciter de doutes sur la conduite à tenir.

La réalité c’est qu’au quotidien, la plupart des actes racistes s’expriment de manière détournée, subtile, indirecte… C’est ce qu’on appelle le racisme ordinaire.

Il est tellement ancré qu’il est difficile de savoir comment y répondre. D’abord parce qu’il y a un doute sur sa nature « était-ce raciste ?« , « est-ce que j’ai bien compris? » mais aussi parce que la personne qui l’exprime ne le fait pas toujours avec hostilité. Au contraire, elle le fait souvent passer comme une forme d’humour ou accompagne ses propos d’un semblant de bienveillance. Que l’on soit victime ou témoin, les questions que l’on se pose sont les mêmes.

Comment réagir au racisme ordinaire ? Y a-t-il une bonne manière de répondre ? Quels sont les avantages et les inconvénients des différentes stratégies ? Quelles en sont les conséquences sur le moment et sur le long terme ?

C’est à toutes ces questions que cet article tentera de répondre. Tous les témoignages relatés ici proviennent d’un sondage réalisé il y a quelques semaines auprès de mes abonnés. La liste présentée ici n’est évidemment pas exhaustive. Si vous avez d’autres exemples, n’hésitez pas à les partager en commentaire.

*tous les prénoms ont été modifiés.

Réaction 1 : Ne rien dire…

La réponse par le silence est la première et la plus naturelle qui puisse arriver. Contrairement à ce que l’on peut penser, elle ne fait pas toujours preuve de faiblesse. Plusieurs raisons peuvent nous conduire à répondre par le silence :

  • Le conformisme : parfois, pour ne pas se sentir rejeté.e du groupe, on fait comme les autres et on se conforme à leur réaction. Et lorsque le groupe ne se sent pas concerné par la réflexion raciste, n’est pas heurté, il ne dit rien… et nous non plus.
  • La crainte ou la peur de dire quelque chose qui ne conviendrais pas, d’avoir une réaction hostile qui aurait des conséquences dommageables pour sa carrière. Lorsque l’on est dans une situation précaire (CDD, intérimaire, stagiaire, alternant…), ne rien dire apparaît être la solution la plus sage.
  • Par choix : le silence peut aussi être un choix. Celui de ne pas entrer dans la bataille car il faut choisir ses combats. Le combat du racisme étant long et éprouvant, vous pouvez de vous protéger et laisser l’autre faire face à ses agissements.
  • Par surprise : on ne s’attend tellement pas à la réflexion raciste que sur le coup, nous ne savons pas quoi dire ni comment le dire. Parfois elle est tellement choquante que ne nous sommes en état de sidération, comme dans l’exemple d’Aminata cité en introduction.

Avantages : Répondre par le silence permet de ne pas alimenter le sujet de discussion, mais surtout de ne pas s’épuiser. Je dis souvent qu’il faut choisir ses combats, et parfois, il n’est pas nécessaire de s’investir dans un combat qui n’en vaut pas la peine.

Inconvénients : Un fort sentiment d’insatisfaction peut survenir par la suite. Vous ruminez, cogitez, vous vous refaites le film en vous disant « J’aurais dû répondre comme ceci ou comme cela« . Vous pouvez aussi regretter ou culpabiliser d’avoir laissé passer ce moment. Surtout que le silence peut aussi donner l’impression aux autres que l’événement n’était pas grave alors qu’il l’était pour vous. Ce qui représente une certaine charge mentale avec laquelle vous devez composer.

Moi j’ai pas d’humour au travail (en vrai j’en ai) et je suis fermée à toute conversation sur mes origines (je ne dis même pas d’où je viens) ou sur la façon dont je fais mon shampooing (oui on m’a déjà posé la question, et j’ai répondu avec dédain « avec de l’eau et du shampooing, et toi ? »). J’ai compris que c’est ce qu’il fallait faire, parce que quand on leur laisse la porte aux blagues, après il ne se contrôlent plus. Donc je passe pour la relou, pas drôle, avec un sale caractère (stéréotype de la femme noire). J’ai un collègue pour qui c’est tout l’inverse. Tout le monde sait qu’il est antillais. Il laisse passer les blagues racistes les plus déplacées. Un jour, on lui a dit sur le ton de l’humour « retourne dans ton champs de coton ». Il n’a pas réagi… Du coup, il est intégré, sociable, les gens l’adorent et ont bien volontiers envie de travailler avec lui. Ce qui n’est pas mon cas. Il a donc évolué plus vite que moi (…). Je m’acharne pour être irréprochable côté boulot afin qu’il n’y ait pas d’autres solutions que de me faire avancer. J’ai appris à connaître ce collègue et j’ai compris qu’en fait, ça représentait une charge mentale hallucinante de supporter ces blagues et qu’il saturait. Moi je sature car je dois être en permanence au max pour compenser le fait que je sois moins sociable. (…). Donc deux comportements différents, mais une charge mentale importante des deux côtés. Hanna, 42 ans.

Réaction 2 : Dire quelque chose… mais quoi ?

Parfois, il n’est pas possible de ne rien dire. Mais lorsque l’on décide de parler, que dire ? Comment faire pour que cette prise de parole soit utile pour moi et pour l’autre ? Et si je suis témoin, ai-je le droit de dire quelque chose ?

  • Suivre sa colère : une fausse bonne idée

Les réflexions racistes sont sources de stress et de colère. Vous pouvez être tentés de répondre sur un ton agressif pour exprimer votre rage et le sentiment d’injustice.

Répondre en état de colère a l’avantage de soulager sur le moment, mais le risque de regrets est bien trop grand. De plus, les répercussions sur votre bien-être et votre évolution professionnelle peuvent être négatives, surtout si vous êtes en situation de précarité.

La colère peut aussi être contenue et devenir un moteur. Transformer la situation à son avantage peut-être bénéfique et vous aider à briser tous les plafonds de verre. Mais le racisme étant structurel et systémique, il arrive toujours un moment où vous vous rendez compte que tout cela n’a servi à rien.

« Pour ma part les remarques racistes ne m’ont jamais été adressées clairement en tant que telles. Mais des attitudes telles que : s’adresser à moi comme un enfant immature, utiliser la familiarité plus facilement, questionner mes capacités intellectuelles etc.(…) J’ai réagit en donnant ma démission une première fois, qui a été refusée, avec chantage. Une fois réalisé que je n’aurais pas d’autre choix, j’ai mis le trauma en boîte et me suis blindé. Fort de ce qui m’a toujours été transmis depuis mon enfance en tant que noir « travailler et faire trois fois plus d’efforts que les autres », j’ai turbiné comme jamais. Heures sup , implication au delà du raisonnable pour mes clients, en plus de l’aide à mes collègues…en 5 ans je suis devenu le meilleur de l’entreprise, avec le plus gros portefeuille client. (…) Mais je n’ai jamais pu évoluer…au final, en désespoir de cause, j’ai fini par démissionner ». Erick, 44 ans.
  • Faire preuve de répartie

L’idéal serait de trouver LA punchline, LE mot d’esprit qui permettra de répondre tout en donnant une leçon à l’autre. Cette stratégie peut paraître difficile car il faut réagir vite, avoir de la répartie et une bonne dose de confiance en soi.

« Je suis en mode miroir. Tu me touches les cheveux, je fais pareil. Tu me fais une remarque, je réponds « oui, et ? » ou je fais semblant de ne pas avoir compris en disant que j’ai cru que c’était une remarque raciste mais non ce n’est pas ton genre ! » Stella, 24 ans.

« Je suis noire en entreprise et un jour une collègue m’a demandé si je voulais une banane sur le ton de la plaisanterie. Je lui ai demandé directement si c’est parce que les singes en mangeait qu’elle m’en proposait ? Immédiatement, elle était confuse, les mots se mélangeaient entre eux. Depuis ce jour, je reste courtoise, diplomate, je l’ignore ». Nina, 38 ans.

Pour développer votre répartie face au racisme au travail, consultez les écrits de Marie Dasylva, coach en stratégie de survie pour personnes racisées. Elle vient de publier son premier ouvrage, « Survivre au taf – Stratégies d’auto-défense pour personnes minimisées », aux éditions Daronnes.

  • L’assertivité ou l’art de désigner le racisme comme tel

Les personnes racisées sont les mieux placées pour comprendre et exprimer leur ressenti face au racisme. Etre assertif, c’est dire ce qui est. Il s’agit de désigner une vérité de fait, sans être interrogatif, ni exclamatif, ni impératif.

Après avoir longtemps essuyé les réflexions racistes de mes collègues, du chef de service et de la directrice concernant mon foulard, je suis aujourd’hui en CDI. Au début, aucun de mes collègues ne m’a adressé la parole pendant deux mois. Jusqu’au jour où, en réunion, j’ai fais la réflexion à mes collègues sur ce qui se passait et qu’il y avait du racisme au sein de l’équipe. Personne n’a nié les faits. Lina, 32 ans.

Dans mon ancienne entreprise, mon boss et un collègue se pensaient drôles en imitant l’accent soit disant chinois. Je me suis permis de leur dire « ça y est c’est le quart d’heure raciste? » Ils se sont vexés et ont sorti le fameux  » on ne peut plus rien dire ». Je leur ai dit : « si (on peut encore dire quelque chose), c’est pour ça que je vous dit qu’en plus de ne pas être drôle, votre blague est raciste ». Ensuite, silence… Ibrahima, 28 ans.

Avantages : Répondre sur le moment a pour avantage de ne pas ruminer par la suite. Si vous êtes drôle ou marquez les esprits, il est même probable que le comportement en question ne se reproduise plus.

Inconvénients : Cependant, il faut trouver LA punchline qui marquera les esprits et qui ne vous ridiculisera pas. Cela peut prendre du temps et de l’exercice avant de trouver le style qui vous convient. L’autre inconvénient est de passer pour la personne qui n’a pas d’humour, qui est en colère voire qui est agressive.

Je n’ai pas été victime mais témoin. J’ai travaillé dans un SYNDICAT, au Pôle Juridique censé accompagner les salariés. Je parle d’un dossier à mon N+1, il me demande si le salarié en question parle français ? Je ne comprenais absolument pas la question car non pertinente. Je lui demande de se clarifier. Il me dit que son nom a une connotation étrangère donc il se demandait si le salarié parlais français. Je lui ai directement dit que c’était déplacé. Une anecdote entre autres. Pour les autres, j’étais celle à éviter car perçue comme étant trop agressive. Isabelle, 35 ans.

Réaction 3 : Jouer le naïf ou l’art de prétendre ne pas avoir compris

Lorsqu’on ne veut pas rester silencieux face aux agissements racistes et qu’en même temps il est compliqué de savoir quoi dire, il existe une technique simple qui convient à tous : jouer le naïf / la naïve.

Il s’agit simplement de poser des questions, de demander à la personne de reformuler ou d’expliquer ce qu’elle a voulu dire.

Avantages : Cette stratégie n’engage à rien concrètement. Vous ne serez pas mal à l’aise de poser la question de manière tout à fait « innocente ». Ainsi, toute la responsabilité de l’interprétation reviendra à la personne qui a prononcé la parole raciste. Vous la pousserez ainsi à faire face à ses stéréotypes, ses préjugés et à les expliquer.

Inconvénients : Il n’y pas beaucoup d’inconvénients à utiliser cette stratégie. Il faut avoir la patience d’écouter les explications parfois bancales de votre interlocuteur. Un autre désavantage serait éventuellement de passer pour quelqu’un de naïf sur le moment. Mais quand votre interlocuteur, ou les témoins, se seront rendus compte de la situation, l’embarras changera de camp.

J’ai suggéré à une de mes patientes d’utiliser cette stratégie au travail. étant la seule femme noire de toute l’unité, ses collègues se permettent de temps en temps de faire remarques stéréotypées sur sa couleur de peau, ses moeurs ou sa culture. étant de nature réservée, elle ne se voyait pas réagir avec véhémence, colère ni même avec humour.

Voici ce qui est arrivé :

Conversation avec son collègue un jour de canicule…

  • Lui : « Tu ne dois pas avoir chaud toi ! »
  • Elle : « Pourquoi tu dis ça ? »
  • Lui : « Ben… ta peau… vous avez des récepteurs différents des nôtres, donc vous supportez mieux la chaleur non ? »
  • Elle : « Ah bon ?! Tu m’apprends quelque chose. Je ne le savais pas »
  • Lui: « Si si… j’ai dû lire ça il y a longtemps. Il me semble que votre peau est plus résistante à la chaleur »
  • Elle (mal à l’aise): « Je ne l’ai jamais entendu  »
  • Lui (voyant son malaise) : « Je suis désolé si je t’ai mis mal à l’aise, c’était pas mon but. Je ne sais même pas si c’est vrai ou pas. Je m’excuses ».

Quelques mois plus tard…

  • Lui: « J’ai repensé à notre dernière conversation, ça m’a beaucoup travaillé. Je suis vraiment désolé de t’avoir mis mal à l’aise. Je me demande pourquoi j’ai pensé à ça. Je suis en train de me documenter sur les idées préconçues ».

Il lui a ensuite posé des questions sur les stéréotypes et les préjugés. Voilà comment la graine de l’allié a été plantée sans efforts particuliers, pour le bien de toute la société.

Il y a un réel risque à laisser passer le racisme ordinaire au travail. Le harcèlement moral discriminatoire en est un. Alors que chacun, victimes, témoins, managers, personnel RH, dirigeants, soit vigilant à son niveau afin de contrecarrer ce risque.

Et vous, quelle est votre méthode préférée ? Dites-moi tout en commentaires !

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Revue de presse… quelques nouveautés.

Voici quelques articles pour lesquels j’ai été interviewée entre février et mars 2021.

« Noir, femme, gay ou musulman… De plus en plus de patients veulent un psy qui leur ressemble »

Comme cela se pratique aux Etats-Unis, beaucoup veulent pouvoir choisir un analyste dit « situé » ou « safe », qui a le même vécu ou qui est sensibilisé aux questions liées aux discriminations.

Par Célia Laborie, publié le 19/02/2021

« Unef : pourquoi les réunions non-mixtes peuvent être utiles »

Depuis plus d’une semaine le syndicat étudiant est la cible d’attaques, accusé d’organiser des réunions non-mixtes. Une polémique « infâme et calomnieuse » selon sa présidente Mélanie Luce. Mais de quoi s’agit-il ?

Par Marie Zafiméhy, publié le 24/03/2021

C’est quoi une réunion en non-mixité et pourquoi est-ce essentiel ?

Décrites comme dangereuses, les réunions non-mixtes racisées de l’UNEF font polémique. Pour cette psy, elles sont pourtant essentielles.

Par Mathilde Sallé de Chou, publié le 30/03/2021

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Pourquoi les hommes noirs préfèrent les femmes blanches ?

Un patient m’a récemment dit : « Je me rends compte qu’à presque 50 ans, je ne suis sorti qu’avec des femmes blanches. Jamais une seule femme noire et pourtant je suis un homme noir. Je me demande pourquoi ?« 

J’ai partagé cette anecdote sur mon compte Instagram et j’ai lancé la discussion avec mes abonnés. Tous les témoignages cités ici, sauf mention contraire, sont issus de cette conversation.

Une étrange question

A priori, les choix amoureux des uns et des autres ne sont pas à remettre en question. Chacun fait ce qu’il veut, à partir du moment où les partenaires sont consentants.

Poser la question « Pourquoi les hommes noirs préfèrent les femmes blanches ? » est un brin provoquant car elle fait d’un cas particulier une généralité, et joue le jeu des stéréotypes que je dénonce souvent ici.

Mais si je choisis de commencer ainsi c’est que les remarques et les interrogations soulevées nous ont menées jusqu’à interroger l’impact psychologique du racisme dans la sphère de l’intime.

L’endogamie comme norme sociale

En terme de formation de couples, il a été constaté que l’endogamie, ou « l’homogamie inter-ethnique » est la norme quel que soit le groupe social considéré. La plupart des gens sont en couple (ou mariés), avec une personne qui vient du même pays, qui parle la même langue ou qui a le même niveau social qu’eux.

Au niveau de la nationalité par exemple, l’INED a montré qu’en 2018, les mariages mixtes ne représentaient que 15% des mariages célébrés en France. Etants plus rares, il peut donc paraître étrange de constater une fréquence élevée de couples mixtes dans une situation donnée.

« J’ai quatre frères (noirs), seuls deux sont déjà sortis avec une femme noire. Aujourd’hui, ils sont tous en couple avec des femmes blanches ».

Dans cette famille, 100% des frères sont en couple avec des femmes blanches. Constat également questionnant lorsque l’on regarde les photos des épouses des joueurs de l’équipe de France de Football (ici en 2016). La plupart des compagnes de joueurs sont blanches (ou non-noires) alors que l’équipe est régulièrement critiquée au regard de la trop grande présence de joueurs noirs ou arabes.

Quillet Lucille – « Euro 2016, les femmes de footballeurs couvrent la compétition sur Instagram » – Madame Le Figaro (13/06/2016)

Lilian Thuram, l’un des plus célèbres footballeurs de l’équipe de France, connu également pour son combat contre le racisme, est revenu sur le sujet à l’occasion de la publication de son nouvel ouvrage « La pensée blanche ». Il cite les propos de ses coéquipiers étonnés de voir que toutes les femmes de sa vie sont noires. L’un d’eux lui demande « Mais t’es raciste ?!« . Comme si un homme noir qui gagne beaucoup d’argent devrait naturellement choisir une femme blanche pour parfaire son statut.

L’endogamie est la norme pour la plupart des gens, mais perçue comme une anomalie lorsqu’elle concerne les hommes noirs à succès.

« Il est tout à fait anormal d’observer une telle exogamie chez les hommes noirs dirigée quasi-exclusivement vers les femmes blanches européennes : étrange non ? À ma connaissance et sauf erreur de ma part, on n’observe pas un tel phénomène exponentiel d’exogamie aussi orienté chez les autres groupes d’hommes. C’est dire qu’il y a là quelque chose de profond qui se joue (beaucoup de facteurs y contribuent) et qui induit cette anormalité que tout un chacun peut constater empiriquement. »

Un choix (in)volontaire

En soi, le couple mixte n’est pas un problème. Encore une fois, chacun fait ce qu’il veut tant que les partenaires expriment un consentement libre et éclairé.

Comment peut-on expliquer que certains hommes noirs, comme mon patient, n’aient eu que des compagnes blanches ?

La discussion a soulevé plusieurs pistes. La première réponse est la simple attirance, chose qui n’est pas à discuter ici. Une autre explication peut être sociologique : le manque d’opportunités avec les femmes noires en raison de la faible présence de celles-ci dans le cercle social fréquenté (travail, amis, famille, loisirs, etc.). Un homme noir évoluant dans un milieu blanc aura mathématiquement plus de chances d’être en couple avec une femme blanche qu’avec une femme noire.

Mais ce qu’il y a d’étonnant et de questionnant, c’est que ce choix peut être totalement conscient et explicite.

« Mon cousin (qui devait avoir la vingtaine à l’époque) m’a dit un jour qu’il ne pourrait jamais faire sa vie avec une Noire. Il préfère les Blanches. Quand je lui ai demandé pourquoi ? Il m’a répondu « Tu as vu le modèle de Noires que j’ai chez moi ? Je ne veux pas de femme comme mes deux folles de soeurs ». Malgré mes explications sur le fait qu’il ne pouvait pas voir toutes les noires comme ses soeurs, il n’a rien voulu entendre. Pour lui, c’est foutu, il ne pouvait pas changer d’avis ».

L’impact du racisme : quand les femmes noires sont considérées comme indésirables

« Ces derniers jours une vidéo a fait polémique, un jeune homme noir s’offusquait que le rappeur Ninho (d’origine congolaise) présente sa fiancée et que celle-ci soit noire. Il trouvait que Ninho avait tout fait foiré avec ce choix de femme malgré sa carrière en pleine explosion. »

Au vu de ces réactions, il semble que la question à poser ne soit pas « Pourquoi les hommes noirs préfèrent les femmes blanches ? » mais plutôt « Pourquoi certains hommes noirs rejettent les femmes noires ?« .

La réponse à cette question se trouve dans le poids des stéréotypes et du racisme intégré par les hommes noirs. Le racisme est une idéologie selon laquelle les groupes humains se distinguent en différentes « races » hiérarchisées avec « la race blanche » tout en haut de l’échelle et « la race noire » tout en bas, au milieu se trouvent les autres groupes (Asiatiques, Arabes, etc.).

La pensée raciste associe aux Blancs des croyances positives et valorisantes alors que les Noirs sont le plus souvent associés à des croyances négatives et dévalorisantes (j’ai réalisé une étude empirique sur le contenu des stéréotypes associés aux Noirs de France dans ma thèse en 2013, voir partie II, pp. 155-188).

Ces croyances ont un impact sur la manière dont nous traitons les informations, sur nos attitudes avec les préjugés (jugements a priori) et sur nos prises de décisions (discriminations, traitements injustes et inégaux).

Les femmes noires sont négativement stéréotypées dans la société. Elles sont dépeintes comme agressives, en colère, ayant un fort caractère ou encore sauvages (voir la littérature sur la « angry black Woman » ou « femme noire en colère »). Alors que les femmes blanches sont souvent associées à des croyances positives comme douces, intelligentes, raffinées, faciles à vivre ou romantiques.

« En tant qu’homme noir j’ose le dire, parce que j’ai longtemps été sous l’emprise de cette aliénation que j’ai dû déconstruire peu à peu en me cultivant et en questionnant cet engouement irrationnel (de mon point de vue) que j’avais pour les femmes blanches européennes (…). Cette préférence est travaillée et façonnée au travers de la construction sociale et la stigmatisation dont est victime la femme noire au sein des sociétés occidentales. Il faut adjoindre à cela le fait que la femme blanche européenne est en permanence érigée en parangon de beauté et de vertus.

Ces stéréotypes négatifs expliqueraient en partie pourquoi certains hommes noirs rejettent les femmes noires. C’est parce que celles-ci sont présentées comme non-désirables et ne leur permettant pas de se défaire de la domination dont ils sont eux-mêmes les objets.

La particularité ici, que l’on ne retrouve pas ailleurs, c’est ce rejet des femmes appartenant à son propre groupe à cause de croyances initiées par des théories racistes. Ce rejet relève de l’aliénation et de la haine de soi.

« Le Noir qui veut blanchir sa race est aussi malheureux que celui qui prêche la haine du Blanc » Frantz Fanon.

Le poids du colorisme

Les femmes noires sont perçues comme non désirables à cause des stéréotypes négatifs cités précédemment mais aussi à cause du colorisme.

« Je suis métisse (père noir, mère blanche) et j’ai conscience du privilège d’avoir la peau claire et d’attirer des personnes qui veulent quelqu’un de « noire mais trop » ».

Le colorisme est une dérive de l’idéologie raciste qui consiste à hiérarchiser les personnes en fonction de leur degré de mélanine. Plus les personnes sont claires de peau, plus elles sont considérées comme belles, intelligentes, et désirables. Au contraire, plus les personnes sont foncées de peau, plus elles sont considérées comme moins belles, moins intelligentes, moins raffinées et surtout moins désirables.

« En tant que femme noire foncée, le rejet vécu aussi bien par les hommes noirs que le confort des femmes plus claires (lightskins ou métisses) à nous passer constamment devant avant qu’on devienne à la mode a participé à un sentiment de «trahison» que je pouvais ressentir. »

Le colorisme n’est pas spécifique à la communauté noire. Partout où il y a des carnations plus ou moins foncées, l’on retrouve les mêmes croyances. En Asie, en Amérique du Sud, dans les pays Maghrébins, un peu partout dans le monde les femmes sont incitées à éclaircir leur peau afin de correspondre aux standards de beauté. Les femmes foncées de peau sont les véritables victimes de ce système raciste.

Les hommes noirs : coupables ou victimes ?

Certains témoignages viennent nuancer notre propos sur les hommes racisés en évoquant leur statut de victimes d’un fétichisme racial.

Ma mère est blanche et mon père est maghrébin. (…) je vois un certain nombre d’homme maghrébins (…) qui se mettent avec des blanches qui ont soit un rapport de fétichisation avec eux et leurs corps, leurs supposées performances sexuelles soit avec leur posture sociale (le fantasme du banlieusard) ».

Dis comme cela, les femmes blanches sont présentées comme responsables du fétichisme envers les hommes noirs ou maghrébins. Mais les choses ne sont pas aussi simples. Nous ne pouvons pas leur imputer toute la responsabilité de la surreprésentation des couples mixtes dans certaines situations.

Les hommes noirs ne sont-ils pas aussi dans la fétichisation lorsqu’ils choisissent volontairement des femmes blanches ?

Pour conclure…

Dans cet article, j’ai essayé d’amorcer la discussion sur l’impact psychologique du racisme dans le domaine amoureux. Il y a énormément de questions et de témoignages que je n’ai pas pu partager pour maintenir la cohérence du texte. Par exemple, je n’ai pas parlé de la relation entre femmes noires et hommes blancs, la valorisation du métissage dans la société française, le désir d’intégration, l’absence de couples noirs du paysage médiatique ou encore le ressentiment lorsque l’on se sent explicitement rejeté.e par son semblable.

« Si aujourd’hui il y a encore débat sur les couples mixtes noirs/blancs c’est que le fond du problème, c’est à dire, le passif entre le peuple blanc et noir et tout ce qui en découle, n’a pas encore été réglé. Et les générations d’aujourd’hui ne font que vivre les dommages collatéraux. « 

Sommes-nous acteurs ou victimes ?

J’invite chacun à se questionner sur sa position et les conséquences de ses actions individuelles sur la diffusion et la persévérance des théories racistes. Nous avons vu que le domaine amoureux n’en est malheureusement pas exempt. Mais comme l’a dit l’une de mes abonnées « Un couple s’unit aussi pour se compléter donc les différences ne doivent pas être des obstacles« . 

Et vous, que pensez-vous de cette thématique ?

N’hésitez pas à participer à la discussion en commentaires, dans le respect et la bienveillance, merci.

Pour aller plus loin :

Frantz Fanon. « Peaux noires, masques blancs » (1952). Paris : Seuil.

Podcast : A l »intersection, épisode 6 « Fétichisme racial et racisme sexuel » (2021).

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Interview pour National Geographic : « Racisme systémique, le poids des stéréotypes »

J’ai eu le plaisir et l’honneur d’être interviewée par Manon Mayer-Hilfiger pour National Geographic. L’article porte sur le racisme systémique et le poids des stéréotypes.

Je suis ravie de voir que de plus en plus de médias s’intéressent au sujet.

Extrait de l’article :

« À seulement dix-neuf ans, Kelly porte déjà en elle un certain nombre de complexes et d’angoisses. Pas uniquement parce qu’elle sort de l’adolescence. La jeune femme subit des moqueries et insultes racistes depuis son entrée au lycée. Un jour, un père souffle à son fils : « mets ton masque, ça va sentir mauvais » en la fixant. Un événement loin d’être isolé.

Au sein des murs de son internat, ce cliché raciste circule plus vite que le variant anglais du coronavirus. «J’y entends tout le temps que les Noirs ont une mauvaise odeur » soupire-t-elle. Kelly vit dans la peur de confirmer cette image digne de l’époque coloniale et multiplie les stratagèmes pour éviter d’apporter de l’eau au moulin de ses détracteurs. « Avant chaque sortie, je prends une douche, qu’importe l’heure, et je mets une double dose de parfum. Même si mes amies m’assurent que je sentais bon avant d’effectuer tout ce rituel. »

Kelly n’est pas la seule à se contorsionner pour ne pas confirmer des préjugés. De nombreux stéréotypes pèsent sur les personnes racisées.

Racky Ka, docteure en psychologie sociale, autrice d’une thèse sur le sujet, en a identifié une quinzaine en France concernant les Noirs. Parmi eux, « Les Noirs sont des étrangers », « ont une forte odeur » « parlent fort », « vivent en banlieue » ou encore « sont moins intelligents ». « Ce sont des croyances sociétales que tout le monde connaît sans forcément y adhérer. Les personnes noires savent que les autres les considèrent d’abord par leur couleur de peau car ils ne les connaissent pas personnellement. Ainsi, elles anticipent.  Elles mettent plus de parfum, parlent doucement ou encore font bien attention à ne pas arriver en retard».

Un poids psychologique que supportent également les personnes définies comme asiatiques ou arabes, elles aussi renvoyées à un certain nombre de clichés. Ainsi, les personnes définies comme arabes sont stéréotypées « agitées », « agressives » ou « insolentes », selon une étude qui date de 2001. « Il y a probablement eu une évolution de ces clichés» précise Michaël Dambrun, l’un des auteurs de l’enquête. Difficile d’en savoir plus : il n’y a pas de données récentes sur le sujet. « En France, les recherches sur la menace du stéréotype chez les minorités ethniques sont encore rares » indique Racky KaMais pour Sarah, étudiante en commerce, ces préjugés continuent encore de peser lourd. « On tente de ne jamais se faire remarquer. On essaye de minimiser notre existence. Si une personne blanche revendique des choses, on dit qu’elle a du caractère. Si c’est nous, c’est tout de suite l’Arabe, la sauvage qui crie. C’est très frustrant d’avoir à se museler parce que l’on a peur de virer dans les clichés racistes que l’on a intériorisés. Cela met beaucoup de pression au quotidien» témoigne la jeune femme. » Lire la suite.

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Pourquoi deux Noirs sont toujours confondus entre eux ?

Crédit Photo : Edward Cisneros – Unsplash

Cette semaine, je suis tombée sur un post Facebook d’une maman racontant les mésaventures de sa fille à l’école: « Ma fille me dit que sa maîtresse a souvent tendance à l’appeler par le prénom d’une de ses camarades de classe, qui est aussi noire, parce que soit disant, elles se ressemblent (…) pourtant, les autres, elle ne les confond pas« .

Ce n’est pas la première fois que j’entends une histoire pareille. Il suffit que deux personnes noires soient présentes dans un même espace, une même classe, une même équipe ou une même entreprise pour qu’elles soient systématiquement confondues par les autres. La raison la plus souvent avancée est qu’elles se ressemblent trop et qu’il est impossible de faire la différence. Alors que objectivement, elles ne se ressemblent pas vraiment.

Du coup, j’ai demandé à mes abonné.e.s sur Instagram si cette situation leur était déjà arrivée ?

UNE EXPERIENCE VECUE A TOUT AGE

J’ai reçu de nombreux témoignages qui laissent penser que cette expérience arrive à tout âge. Enfants à l’école, adolescents au collège, adultes au travail ou à l’université, personne n’est épargné.

Extraits :

« C’est ce que vit ma fille depuis le début d’année avec une autre fille qui a le même teint qu’elle. Mais c’est leur seul point commun. Physiquement, elles ne se ressemblent pas du tout. Je sais que dans l’esprit de certains, tous les Noirs se ressemblent et c’est fatiguant à force de ne pas être considéré comme un être à part entière« 

« Oh, alors ça ça arrive tellement! L’histoire qui m’a le plus marquée c’était avec une autre stagiaire dans un stage en Ministère. Nos prénoms ne se ressemblaient absolument pas. L’une de nous avait les cheveux toujours détachés et lissés, l’autre attachés, l’une avait des lunettes et l’autre pas, l’une était métisse et l’autre pas. On ne travaillait pas sur les mêmes sujets, on n’est pas du tout restées le même temps et pourtant beaucoup se trompaient de prénom« .

« Oui, Cela m’est aussi arrivé, lors de la réunion de rentrée des infirmières de l’éducation nationale, un des directeurs de la direction académique a interpellé une personne noire par mon nom de famille, en lui demandant de s’asseoir. (…) Ou des collègues qui m’appellent par le prénom d’une autre collègue, et c’est toujours des collègues blancs qui se trompent.« 

UNE CONFUSION INVOLONTAIRE OU VOLONTAIRE ?

La confusion de la part des collègues / enseignants non-noirs peut être considérée comme involontaire à partir du moment où elle s’explique par la croyance selon laquelle « tous les Noirs se ressemblent ».

Cette croyance peut fortement influencer le traitement des informations en ne prêtant attention qu’à celles qui vont dans le sens de nos opinions. C’est ce que l’on appelle le biais de confirmation.

MAIS parfois, on se demande si cette confusion n’est pas volontaire. Notamment lorsque cette absence de différenciation se retrouve aussi par e-mail :

« J’avais une collègue antillaise, avec un nom français et moi j’ai un nom à consonance maghrébine. On ne se ressemblait pas du tout mais on nous confondait TOUT LE TEMPS. Je recevais des mails adressés à elle et elle des mails adressés à moi. On lui parlait du Maroc et à moi on me disait « tiens c’est marrant, on entend de moins en moins ton accent des Antilles quand tu parles » (alors que ni elle ni moi n’avions d’accent particulier). Et quand on nous voyait côte à côte on nous disait « WoW c’est surprenant, vous pourriez être soeurs » 

Pire… il arrive aussi que les autres décident de ne pas vous appeler par votre prénom…

« Ça m’est arrivé plus grande à la fac (en master, c’est pour dire… ). Mon amie et moi portions le même nom de famille. Alors certains camarades ne cherchaient pas spécialement à nous différencier. C’était les *notre nom* et sans cesse les profs n’arrivaient pas à nous différencier alors que nous ne nous ressemblons absolument pas (teint, style, visage, etc.) »

« On m’a appelée par un autre prénom pendant un an durant un stage. Autre prénom Maghrébin qui n’a rien à voir avec le mien parce que « celui là est plus joli » par 2 personnes du personnel médical qui avaient une énorme autorité dans le service. »

…Ou que cette confusion se fasse dans le temps :

« J’habite dans un tout petit village, nous étions la seule famille africaine et très peu d’enfants noirs dans le collège. Deux de mes enseignants m’ont appelée à deux reprises par les prénoms de deux autres filles noires qui étaient dans leurs classes respectives au moins 3 ans avant moi (et donc, plus présentes dans le collège au moment des faits). Morale de l’histoire, on se ressemble tellement toutes qu’on peut même être confondues sur du long terme ».

Refuser de reconnaître l’autre comme un être unique et distinct des autres, lui attribuer un autre prénom sans lui demander son avis, nier son identité et ne pas le considérer comme l’humain qu’il est, c’est de la déshumanisation.

LES NOIRS AUSSI CONFONDENT LES AUTRES

Dis comme ça, on a l’impression que cette confusion des visages ne concerne que les Noirs. Mais parmi mes abonnées, des enseignantes noires ont aussi témoigné de leur confusion envers les enfants d’autres origines ethniques :

« Je suis noire, prof en collège et il m’arrive souvent de confondre les élèves maghrébins, ou chinois, ou blancs… en début d’année et parfois je fais même des rechutes en cours d’année. Avec le grand nombre d’élèves qu’on a, c’est quelque chose qui arrive souvent quand deux élèves ont à peu près le même « profil » (brunes, maghrébines, petites et minces par exemple) ».

COMMENT L’EXPLIQUER AU NIVEAU COGNITIF ?

Ce phénomène peut s’expliquer par ce que la cognition sociale appelle homogénéisation exo-groupe et hétérogénéisation endo-groupe.

L’homogéneisation exo-groupe est cette tendance à percevoir les groupes extérieurs aux vôtres comme étant homogènes. Et donc à percevoir ses membres comme se ressemblant tous (physiquement et psychologiquement) et à leur associer des stéréotypes (croyances partagées / idées reçues). Alors que l’hétérogéneisation endo-groupe, c’est cette tendance à voir les différences entre les membres des groupes auxquels vous appartenez.

Finalement, c’est une question de familiarité. Plus vous êtes familiers avec un groupe ethnique donné, plus vous arrivez à faire la différence entre ses membres.

Une enseignante noire dit : « Je suis pareille je les confonds, surtout les blondes. Les brunes ça va encore. Mais tous les autres, j’arrive a faire la distinction (…) Je pense aussi que le fait d’avoir grandi en cité où Indiens, Turcs, Chaldéens, Chinois, Berbères et bien sûr Noirs (vivent ensemble) a fait que mon oeil s’est habitué. Au travail, je n’essaie même pas de les appeler car même leur prénom m’échappe. »

Des études montrent la même chose concernant la perception visuelle: il est plus facile de reconnaître les visages des personnes de notre groupe ethnique (Gomes et. al, 2019)

UNE QUESTION DE VOLONTE….

Même si les explications de la psychologie cognitive permettent d’y voir plus clair, la question de la volonté à mon sens reste centrale car quand on veut, on peut !

« Je suis noire mais (…) quand j’ai commencé à regarder des séries coréennes, je n’arrivais pas à suivre et je confondais tout le temps les personnages. Je me suis sentie honteuse. Après quelques épisodes, j’ai commencé à faire totalement la distinction entre les personnages. Je me demande souvent si ce n’est pas aussi le cas pour les blancs ? (…) j’ai l’impression qu’ils ne font pas l’effort tout simplement. J’ai fini par reconnaître tous ces visages parce que j’y avais un intérêt et pour mieux comprendre ces histoires. »

….OU DE RACISME ?

Quand on parle des Noirs et des différentes problématiques qui les atteignent, les questions des stéréotypes / préjugés et du racisme ne sont jamais bien loin.

La différence entre ces enseignantes noires qui n’arrivent pas à distinguer les petites filles blondes de leurs écoles et les deux employées noires qui sont systématiquement confondues au travail, c’est le nombre. D’un côté, une majorité et de l’autre, une minorité.

Alors que justement, lorsqu’un élément est minoritaire voire unique dans une situation donnée, on a tendance à le remarquer et à parfaitement l’identifier.

Pourquoi confond-on DEUX personnes noires dans la même entreprise ?

Les travaux de Fabio Lorenzi-Cioldi ont montré que cette perception homogène VS. et hétérogène des membres des groupes dépend aussi du statut social. Les dominés sont perçus de manière homogène (ce sont tous les mêmes), alors que les dominants sont perçus comme tous différents.

Pensez aux patrons de grandes entreprises, aux milliardaires, aux célébrités. Vous aurez tendance à les distinguer les uns des autres et à ne surtout pas les mettre dans le même sac. Alors que les pauvres, les chômeurs, les banlieusards, sont perçus comme une masse uniforme.

« Au collège, j’avais remarqué que pour décrire une personne blanche, les gens s’attardaient sur tout ce qui la rendait unique (ses goûts, ses traits de personnalité, ses habitudes…). Mais pour nous c’était toujours simplement « c’est un.e black/renoi » (« noir » étant manifestement un gros mot) à croire que juste indiquer notre origine ethnique c’est tout dire de nous, pas besoin de décrire davantage, les stéréotypes feront le reste. Comment faire la distinction entre plusieurs personnes noires si on s’arrête à leur couleur de peau ? »

C’est aussi ça le racisme : penser que les Blancs sont supérieurs aux autres, et en tant que groupe supérieur, ils sont tous différents entre eux. Alors que les Noirs et les Arabes, auxquels on associe les croyances liées à la pauvreté ou à l’infériorité, sont perçus comme similaires entre eux.

POUR REPONDRE A LA QUESTION….

« Pourquoi deux noirs sont confondus entre eux ? » C’est à la fois à cause de facteurs sociologiques comme la familiarité, de facteurs psychologiques et motivationels, ainsi que des croyances, stéréotypes et préjugés issus des théories racistes.

Que faire si vous êtes dans ce cas ? Essayez l’effet miroir : appelez-les par un autre prénom et dites-leur que vous les confondez avec quelqu’un qui ne leur ressemble pas du tout. Et utilisez leur réaction pour leur faire comprendre ce que vous ressentez.

C’est en ne laissant pas passer ce type d’incidents que nous changerons les choses, chacun.e à notre échelle.

Envie de partager votre expérience ? Laissez un commentaire !

Si cet article vous a plu, n’hésitez pas à le partager autour de vous.

Prenez soin de vous.

Références :

Gomes, A., Fernandes, A. F., Ribeiro, R. & Monteiro, S. (2019). « Race effects on facial recognition: the evolution ». Annals of medicine, (51).

Lorenzi-Cioldi, F. (2009). « Dominants et dominés – les identités des collections et des agrégats »

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Qui est Blanc ? Qui est Noir ?

Qui est Blanc ? Qui est Noir ?

Drôle de question n’est-ce pas ?

L’actualité de ces derniers jours avec la mort de George Floyd aux Etats-Unis a remis au devant de la scène la thématique du racisme. Les bavures policières sont encore trop nombreuses là-bas et ici aussi en France même si on ne veut pas se l’avouer.

L’émotion grandi, les thématiques s’entrechoquent. On pense à l’Histoire : esclavage et colonisation, néo-colonisation. Aux inégalités, préjugés et discriminations avec lesquelles nous n’avons pas encore fini.

Noirs, Blancs, Asiatiques, Maghrébins sont des catégories que l’on utilise comme si ça allait de soi. Alors que non.

Revenons à la base : Qui est Noir ? Qui est Blanc ?

Mais d’abord…

Qu’est-ce que le racisme ?

Le racisme est une idéologie basée sur deux postulats :

  • Les races sont biologiques : il y aurait des différences fondamentales et essentielles entre les êtres humains qui nous permettraient de les catégoriser en différentes races. Les Blancs (les Européens), les Noirs (Les Africains), les Jaunes (les Asiatiques) et les Rouges (les Amérindiens).
  • Les races sont hiérarchisées : il y aurait un ordre entre ces « races » où les Blancs sont placés en haut de l’échelle (ils sont plus beaux et plus intelligents), les Noirs sont tout en bas de l’échelle (plus moches, moins intelligents et autres considérations négatives). Et au milieu, les autres.

Cette idéologie raciste influence la manière de penser et d’interagir les uns avec les autres. Les races n’existent pas. Ce sont des croyances fabriquées de toutes pièces à l’aide d’arguments scientifiques douteux.

Est raciste quelqu’un qui croit que les Blancs sont supérieurs aux autres. Ainsi, le « racisme anti-blancs » n’existe pas. Ce qui ne veut pas dire que la haine des Blancs n’existe pas et que les Blancs ne subissent pas d’injustices en raison de leur couleur de peau. Cela signifie juste que ce concept de « racisme anti-Blancs » est un non-sens.

Aujourd’hui, notre société a évolué officiellement sur ces sujets car le terme de « race » ne fait plus référence à des différences biologiques mais à des catégories sociales. Les Noirs, les Blancs, les Maghrébins, les Asiatiques, sont des « catégories raciales » au sens sociologique du terme car elles nous permettent de décrire des phénomènes de société.

Mais donc, qui est Noir ? Qui est Blanc ?

Considérations Physiques

Pour répondre à cette question, je citerais la réponse de Pap Ndiaye, « Est Noir celui qui est considéré comme tel » (La condition noire, 2008). Est Blanc celui qui est perçu comme tel. Car en réalité, la perception de l’autre est fondamentale dans les conséquences que cette catégorisation implique dans notre vie.

Il y a évidemment des considérations physiques. Un Noir est une personne ayant des origines proches ou lointaines avec l’Afrique sub-saharienne. Un métis, même très clair, sera toujours considéré par les autres comme étant Noir. Des métisses très clairs peuvent aussi, volontairement ou non, se faire passer pour des Blancs, c’est le White Passing.

La nature des cheveux, la forme du nez, le degré de mélanine dans la peau, toutes ces données nous influencent quand nous regardons quelqu’un. Nez épaté, cheveux crépus, couleur de peau foncée, c’est un.e Noir.e ; Nez fin, cheveux lisses et blonds, couleur de peau très claire, c’est un Blanc. Entre ces deux phénotypes, vous avez toutes les nuances possibles et imaginables.

Un Noir très clair peut passer pour Blanc, un Blanc très foncé peut passer pour Noir. Un Noir albinos ? La forme de son nez me dira si c’est un albinos africain ou un albinos européen. (pour en savoir plus, lire « Qu’est-ce qu’un Noir ? », Thèse de Doctorat R. KA, pp. 147-157)

Considérations psychologiques

Psychologiquement, vous avez le droit de vous percevoir comme appartenant à l’un ou à l’autre. Une personne métisse peut se voir comme blanche aussi bien qu’elle peut se voir comme noire. Une personne noire foncée de peau, a le droit de ne pas se reconnaître dans la catégorie Noirs.

Mais être catégorisé comme Blanc ou Noir n’implique pas la même chose. En France ou en Occident en général, les Blancs sont majoritaires. Ils se pensent donc comme étant « la norme ». Les Blancs jouissent de privilèges dont ils n’ont pas conscience. Quand vous êtes Blancs, vous pouvez aller à peu près où vous voulez, fréquenter les lieux que vous voulez, habiter où vous voulez si vos moyens financiers vous le permettent, aller en vacances où vous voulez. Vous n’avez jamais à parler au nom des autres Blancs car vous ne les représentez pas. Vous n’appréhendez pas un contrôle de police car votre vie n’est pas en danger à ce moment-là.

Quand vous êtes Noir en France, vous savez qu’à votre groupe sont associés des stéréotypes et des préjugés négatifs. C’est à dire des croyances sur vos traits de personnalité, vos compétences, vos moeurs. Même si vous ne vous sentez pas Noir, comme vous savez que l’autre vous perçoit comme tel, cela influencera votre comportement. Vous ne pouvez pas décider d’habiter où vous voulez, car soit votre dossier sera rejeté (discrimination), soit vous n’allez même pas tenter de faire votre demande de logement pour ce quartier-là (auto-censure).

En tant que Noir, vous savez que vous ne pouvez pas aller en vacances n’importe où dans le monde, il y a des pays très racistes et vous risquez d’être agressés. Vous ne pouvez pas entrer dans tous les endroits, toutes les boîtes de nuits, les tous les restaurants, car vous risquez d’être mal reçus dans certains ou carrément de ne pas être autorisés à entrer dans d’autres.

En tant que Noir, on attend de vous d’être irréprochable car au moindre faux pas, c’est tous les Noirs qui seront mal perçus.

En tant que Noir, surtout si vous êtes un jeune homme, vous avez peur au vu de la police. Vous avez 20 fois plus de chances qu’un jeune homme Blanc d’être contrôlé, de subir une garde à vue, d’aller en prison, de mourir.

Considérations économiques et sociales

Noirs et Blancs diffèrent physiquement. Noirs et Blancs diffèrent psychologiquement. Noirs et Blancs diffèrent économiquement et socialement.

Economiquement car les théories racistes au départ avaient des objectifs purement mercantiles. La période de l’esclavage transatlantique avait pour objectif d’enrichir les grandes puissances européennes en faisant travailler gratuitement des générations d’hommes et de femmes tout droit arrachés d’Afrique, pendant 400 ans.

Ces différences économiques se répercutent jusque aujourd’hui. Car l’héritage patrimonial se transmet de générations en générations. L’accès à l’emploi, aux prêts bancaires, à la propriété etc. est aussi influencé par le racisme et les discriminations, en plus du poids de l’Histoire. Il en résulte une population blanche économiquement plus avantagée que la population noire qui vit en Occident (Europe et Amériques).

Socialement aussi. L’accès à l’éducation, aux postes à hautes responsabilités et prestigieux, à l’ascension sociale, aux quartiers favorisés. Tout est influencé par ces distinctions raciales de départ. Attention, je ne dis pas que tous les Blancs sont riches et privilégiés et que tous les Noirs ne le sont pas. Il y a des Blancs pauvres aussi comme il peut y avoir des Noirs riches.

Mais quand on regarde l’échiquier racial/social ; les Noirs sont beaucoup plus souvent dans la case « pauvres et de catégorie sociale défavorisée » que les Blancs. Il y a donc de réelles conséquences à ces catégorisations raciales et sociales.

Pour finir, je dirais que l’important sur ces sujets, c’est de s’informer et de savoir que des différences existent, qu’elles sont systémiques (c’est tout le système actuel qui a été construit ainsi) et que pour les changer, il faut que chacun d’entre nous fasse un travail de déconstruction.

Soyons vigilants et bienveillants les uns avec les autres, car nous sommes tous héritiers d’un système que nous n’avons pas construit.

Pour aller plus loin :

D. Fassin et E. Fassin, « De la question sociale à la question raciale » (Ed. La découverte, 2009)

Kiffe ta race, épisode 27, « Check tes privilèges blancs » avec Eric Fassin

Robin DIANGELO, « White fragility – Why it’s so hard for white people to talk about race » (Beacon Press, 2018).

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Vous avez sûrement subi un harcèlement discriminatoire sans le savoir

Les blagues sur vos origines, vous avez horreur de ça. Pourtant, aujourd’hui vos collègues ont prit l’habitude d’en faire constamment. Au début, vous étiez gêné.e et vous avez souris, vous ne saviez pas comment répondre. Vous y avez même peut être contribué, vous avez fait une blague ou deux pour montrer que vous n’avez pas de problème avec ça, pensant que ce serait passager, anecdotique. Vous avez le sens de l’humour, une petite blague, ça ne fait pas de mal.

Mais petit à petit, ils ont prit la confiance. Ils insistent. Tous les jours, au moins une remarque, une réflexion et ils vous disent que c’est « juste une blaaaague ! ».

  • « Regarde j’ai bien bronzé, je suis aussi noir que toi ! »
  • « Toi tu dois pas avoir froid, vu tes origines »
  • « Tu es sûre que t’es pas malienne toi ? tu as beaucoup de famille ? »
  • « Je suis sûre que tu vas vouloir manger au KFC toi » 

Vous vous sentez de plus en plus mal à l’aise. Ce n’est plus drôle. Ce n’est pas drôle.

  • « Tu ne sais pas lire l’arabe ? t’es pas une vraie marocaine toi ! »
  • « Ne t’approche pas de la chinoise, tu vas attraper le virus !»

Vous leur avez demandé d’arrêter. Gentiment, au début. Puis fermement. Il n’y a eu aucun effet. Vous décidez d’en parler à votre manager. Il/elle vous dit que vous être trop susceptible, que vous n’avez pas le sens de l’humour.

« Si tu réagis comme ça, c’est que tu dois avoir d’autres problèmes personnels en ce moment non ? ». Vous attendiez une autre réponse de sa part.

Le temps passe et il ne se passe rien. Vos collègues continuent et vous vous sentez de plus en plus mal à l’aise. Vous vous isolez. Vous leur parler de moins en moins. Vous ne leur dites plus bonjour. Vous ne déjeunez plus avec eux.

Là, bizarrement, votre manager s’inquiète. Il/Elle vous convoque et insinue que c’est VOUS le problème

« Tu comprends, ce n’est pas possible de travailler avec quelqu’un qui ne respecte pas les bases de la politesse!« . Vous vous sentez incompris.e.

De VICTIME vous passez à COUPABLE.

Si vous vous reconnaissez dans cette situation, vous êtes victime de harcèlement discriminatoire.

Le harcèlement discriminatoire : définition

Si vous vivez en France, vous savez que dans notre pays, nous avons beaucoup de mal à ouvertement aborder les questions qui sont en lien avec les origines. Quand il s’agit de nommer et de décrire les discriminations raciales aux USA, il n’y a pas de problème, mais ici, nous ne voyons pas les couleurs car nous sommes un pays universaliste (cf. Article 1 de la Constitution: « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion » ).

Quoi qu’il en soit, la notion de harcèlement moral discriminatoire existe. Elle précède même les notions de harcèlement sexuel et de sexisme, qui contrairement à la question de l’origine, ont été fortement développées et sur lesquels il y a eu beaucoup de communication.

Le harcèlement discriminatoire est considéré par le Défenseur des Droits comme une forme de discrimination qui est définie comme :

« Tout agissement lié à [un motif prohibé], subi par une personne et ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant ». Art. 1 de la loi n°2008-496 du 27 mai 2008. 

Ainsi, pour être qualifiée de discrimination, la situation doit réunir 3 éléments :

  • Un agissement à l’encontre d’une personne salariée ou agent public
  • Lié à un motif prohibé par la loi (il y a actuellement 25 critères de discriminations dont l’origine)
  • Qui a pour objet ou pour effet de porter atteinte à la dignité ou de dégrader l’environnement de travail

De quels agissements parle-t-on ?

Les agissements peuvent être de l’ordre du verbal ou du non verbal (exemple: mettre une peau de banane sur votre casier ; coller sur votre bureau une publicité liée au SIDA). Les actes verbaux sont souvent sous forme de blagues (mais pas seulement) à caractère racistes, directement ou indirectement liées à l’origine (ethnique, sociale, culturelle, religieuse).

C’est aussi agir différemment avec une personne en raison de son origine, l’humilier devant tout le monde. C’est là où c’est discriminatoire car c’est un traitement inégal en fonction des origines. Ce que l’on vous fait, on ne le fait pas à d’autres.

Pour qualifier une situation de harcèlement discriminatoire, un acte unique peut suffire. C’est à dire que dès la première blague raciste ou liée à votre origine, vous pouvez porter plainte. Mais comme vous n’avez jamais entendu parler de harcèlement discriminatoire, vous continuez à supporter.

L’auteur de ces actes peut être n’importe qui dans votre entourage professionnel : collègue, supérieur hiérarchique, subordonné, personne extérieure. Cette personne exerce une pression sur vous et crée un rapport de domination.

Et quid de l’origine de la personne ?

Étonnamment, les actes peuvent provenir de personnes blanches comme de personnes qui ont des origines extra-européennes. De ce que j’observe, cela arrive très souvent. Ne croyez donc pas que le fait que votre collègue soit Noir.e/ Maghrébin.e/Asiatique/Métisse comme vous, vous protégera contre ce type de comportement. Ces personnes vont accentuer la différenciation avec vous pour montrer aux autres qu’ils/elles sont différent.e.s.

Autre point très important : l’intention de l’auteur ne compte pas. C’est pour cela qu’il/elle se justifiera en disant : « c’est juste une blague », « tu n’as pas le sens de l’humour » ou « ne le prend pas personnellement« . La loi précise bien qu’il s’agit d’un agissement « qui a pour objet ou pour effet de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant ». Donc soit l’objectif est de vous offenser, soit la conséquence est que vous vous sentez offensé.e.

Ce qui compte c’est la manière dont VOUS percevez les choses. Si cela vous offense, c’est offensant. Si vous vous sentez humilié.e, c’est humiliant. POINT.

Quelles conséquences ?

Pour qualifier votre situation de harcèlement moral discriminatoire, il est important d’évaluer l’impact que ces actes (répétés ou non) ont sur vous. Il faudra donc évaluer s’il y a une dégradation de votre environnement de travail ou tout simplement de votre bien-être au travail. 

Exemple de conséquences que vous pouvez rencontrer :

  • Stress et anxiété (boule au ventre en allant au travail)
  • Alimentation (manque d’appétit / hyperphagie)
  • Sommeil modifié
  • Impact sur vos relations avec vos collègues / votre entourage
  • Confiance en vous 
  • Manque d’efficacité 
  • Retards au travail
  • Absences / Arrêts maladie 
  • Isolement 
  • Évitement de certaines personnes etc.
  • Etc.

Si vous êtes dans cette situation, sachez que votre employeur a l’obligation de sécurité et de prévention de ce type de situation. S’il manque à ses obligations, il peut être puni par la loi (voir la jurisprudence ici).

Pour info concernant les sanctions : La discrimination est punie de 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende au pénal et le harcèlement moral est puni de 2 ans de prison et 30 000 euros d’amende au pénal.

Quelles sont vos solutions ?

  1. Premièrement rassurez-vous, vous n’êtes pas seul.e !! Ce que vous vivez a un nom, c’est du harcèlement discriminatoire et c’est puni par la loi.
  2. Consignez par écrit tout ce qui se passe et se dit : imprimer et conserver les échanges d’e-mail ; noter avec précision tout ce que dit la personne (date, heure, qui a dit quoi, témoins).
  3. Enregistreles conversations, si possible : cela peut ne pas être recevable par la justice mais peut vous être utile pour consigner les preuves.
  4. Informez votre supérieur hiérarchique : il a l’obligation d’agir immédiatement, de faire cesser les faits et de les sanctionner ; de vous orienter vers les bons interlocuteurs (RH, médecine du travail, cellule discrimination) et informer les instances représentatives du personnel.  
  5. Dans la mesure du possible, continuez à travailler normalement : que personne ne puisse vous reprocher quoi que ce soit de ce côté-là.
  6. Si votre employeur n’agit pas ou ignore votre demande : menez une action auprès du Défenseur des Droits.
  7. Faites-vous accompagner : psychologiquement (contactez-moi) ; prenez conseils auprès d’un.e avocat.e.

Prenez soin de vous.

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Un psychologue noir pour les Noirs ?

Faut-il un psychologue noir pour traiter les patients Noirs ?

Cette question peut paraître étonnante, mais j’ai été amenée à me la poser assez récemment. Avant d’ouvrir mon cabinet, je n’avais pas vraiment mesuré l’impact de ma personne ni de mes origines sur les potentiels patients. J’avais plutôt envie de me rapprocher des gens et de leur apporter une aide individuelle. Je voulais travailler avec toute personne ayant besoin d’aide, sans distinction de genre et surtout sans distinction ethnique.

Aujourd’hui, et quasiment chaque jour depuis un an, des personnes m’appellent et me disent directement: « Je vous contacte car je suis à la recherche d’une psychologue noire et on m’a suggéré votre nom« . Pourquoi cet attrait soudain pour les psychologues noirs ? Ou plutôt, pourquoi cette recherche spécifique d’un psychologue noir quand on est Noir ?

Comme je le raconte dans l’épisode 31 de Kiffe ta race « le coût mental du racisme« , quand j’ai commencé mes études de psychologie, j’avais l’impression que très peu de personnes noires connaissaient ce domaine. D’ailleurs, mes parents non plus ne connaissaient pas cette profession et personne dans mon entourage proche ou lointain n’avait fait d’études en psychologie. Les personnes noires que je côtoyais avaient l’habitude de dire que la psychologie « ce n’est pas pour nous« , « c’est pour les Blancs » ou bien « c’est pour les riches » ou « c’est pour les fous« . Aujourd’hui, j’ai l’impression que le sujet s’est un peu plus démocratisé.

Alors oui, d’un côté je dirais qu’il y a cette démocratisation de la profession au sein de la population noire et de moins en moins de honte à aller consulter un psychologue. Mais cela n’explique pas pourquoi demander spécifiquement un psychologue noir ? Pourquoi éthniciser la question ?

Voici quelques pistes de réponses issues de mes réflexions et de ce que je vois au quotidien :

  • Le refus de la violence du déni

Certaines personnes noires m’ont rapporté de mauvaises expériences avec des psychologues blancs. Beaucoup m’ont raconté avoir fait face au déni lorsqu’ils/elles ont raconté des situations de racisme ou de discriminations. Ils ont entendu des réflexions du type : « Vous vous faites des idées » ; « Il ne faut pas voir le mal partout« . La réalité de l’expérience du racisme ou de la discrimination est complètement remise en question. Ce qui est vécu comme une violence supplémentaire et non nécessaire.

D’autres personnes rapportent des questionnements totalement décalés qui révéleraient la totale méconnaissance des réalités culturelles. Exemple : « Il faut dénoncer vos parents et porter plainte contre eux« . Ainsi, le simple fait que le patient soit Noir et le psychologue Blanc, est une situation qui peut créer des barrières. Les patients noirs se disent qu’avec un psychologue noir, ils auraient moins de chances de faire face à ce déni qu’ils considèrent comme non nécessaire et surtout en totale contradiction avec leur désir d’aller mieux.

  • Un psychologue noir serait gage d’une meilleure compréhension

Il existerait effectivement un lien très fort entre origine ethnique du patient et origine ethnique du thérapeute. Les patients noirs présupposent qu’avec un psychologue noir, la communication serait plus facile, plus fluide, qu’il y aurait moins de choses à expliquer, à décortiquer. Et ce, même si le psychologue noir en question n’est pas spécialiste des questions de stéréotypes, de racisme ou de discriminations. Sa simple qualité de femme ou d’homme noir.e suffirait à les apaiser.

Cette connexion entre patient et thérapeute permettrait ce qu’on appelle une alliance thérapeutique. C’est à dire ce lien supplémentaire, indépendant de l’efficacité des méthodes utilisées, qui permettrait au patient d’aller mieux. Ce lien correspond par exemple à la confiance que le patient a envers son thérapeute, le degré de liberté qu’il ressent pour s’exprimer sur tel ou tel sujet, le sentiment de ne pas être jugé. Demander un thérapeute noir quand on est Noir, c’est quelque part être conscient de l’importance de cette alliance thérapeutique.

« J’ai déjà été suivie par un psychologue blanc. Et je sentais que je me censurait. Je ne pouvais pas tout lui dire. Je ne sais pas l’expliquer, mais je me suis beaucoup contenue. Au final, je n’ai pas l’impression que ce suivi m’ait servi à quelque chose ».

  • Un rôle modèle positif

Le psychologue noir représenterait un rôle modèle positif. C’est à dire une représentation positive de ce que l’on voudrait être ou de ce vers quoi nous voulons nous rapprocher. Connaître l’existence d’un psychologue noir va à l’encontre des stéréotypes et des barrières que nous nous mettons. En tant que Noir.e, nous nous disons que finalement, nous avons aussi le droit de consulter un psychologue et qu’il y a des chances pour que cette personne nous aide à aller mieux. Ce domaine nous paraît donc tout de suite plus accessible.

Ainsi, le fait de rencontrer un psychologue noir ferait tomber les barrières concernant le champ de la psychologie. D’ailleurs, une fois la peur de consulter un psychologue dépassée, de nombreux patients sont satisfaits d’avoir franchi le pas.

En ce qui me concerne, les choses ne sont pas aussi délimitées. Je ne pense pas que dans le domaine de la psychologie il doive y avoir un appariement selon l’origine ethnique. Non. Et dans ma pratique quotidienne, bien au contraire et pour mon plus grand plaisir, j’accompagne des personnes de toutes origines : des Blanc.h.es., des Maghrébin.e.s, des Asiatiques, des Métis.s.es et des Noirs bien sûr. 

Quid des Maghrébins, des Asiatiques, etc. ?

«Ça fait longtemps que je voulais consulter. Et je voulais absolument un.e psychologue d’origine japonaise comme moi. Mais quand je vous ai entendue dans « Kiffe ta race », je me suis reconnue dans ce que vous disiez et je me suis dis que c’est vous qu’il me fallait »

Alors s’il y a autant d’arguments pour consulter un thérapeute noir quand on est Noir, je peux extrapoler et me demander si cela ne devrait pas être le cas pour les patients d’origine maghrébine qui voudraient un thérapeute Maghrébin ; des patients d’origine asiatique qui voudraient un thérapeute Asiatique, etc.

Une femme d’origine japonaise m’a dit : « ça fait longtemps que je voulais consulter. Et je voulais absolument un.e psychologue d’origine japonaise comme moi. Mais quand je vous ai entendue, je me suis reconnue dans ce que vous disiez et je me suis dis que c’est vous qu’il me fallait ». Des patients de toutes origines se reconnaissent en moi et viennent me consulter. Il n’y a pas plus grande gratification pour moi. Ce que j’en comprends, c’est que ma qualité de femme racisée (ou racialisée) est perçue comme un indice d’ouverture sur l’autre et de sa compréhension. En tant que personne non blanche, je suis donc perçue plus facilement comme une alliée par les toutes les personnes non blanches quelle que soient leurs origines.

Par ailleurs pour moi, ce n’est pas parce que l’on est Noir que l’on va forcément comprendre et être efficace pour accompagner un patient noir. Car bien évidement, il y a des thérapeutes Noirs, des Maghrébins ou autres qui n’en n’ont rien à faire de ces questions-là. En tant que patient, il faut pouvoir s’autoriser à changer de thérapeute si celui-ci ne nous convient pas.

Pour conclure, à la question « Faut-il un psychologue noir pour les patients Noirs ? » la réponse serait « oui, si c’est ce que veut le patient ». Car après tout, le patient consulte lorsqu’il a des difficultés et une souffrance qu’il veut dépasser. Pour cela, il a besoin d’être à l’aise et de se sentir compris par son thérapeute. Et l’origine ethnique de celui-ci peut entrer peut être perçu, à tort ou à raison, comme un indice d’une meilleure compréhension.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Dites-moi ce que vous en pensez en commentaires.

En attendant, prenez soin de vous.

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J’ai peur de consulter un psychologue

Cette phrase, je l’entends souvent… « J’ai peur d’aller voir un psychologue et pourtant je sens que j’en ai besoin« . 

La consultation d’un psychologue n’est pas réservée qu’à ceux qu’on appelle « fous ». En réalité, tout le monde peut avoir besoin d’aller voir un psychologue à un moment donné dans sa vie. Le psychologue permet la libération de la parole, il permet d’explorer et de soulager la souffrance psychique. Il peut aussi tout simplement soutenir et accompagner une personne dans son cheminement vers ce qui la rendra plus heureuse. 

Cette peur d’aller voir le psy se retrouve chez tout le monde et dans la communauté africaine en particulier. Culturellement et traditionnellement quand une personne va mal, on va voir le marabout, le curé ou l’imam. La famille et l’entourage est également très présent donc on est « soutenu » au sens propre comme au sens figuré. Dans les pays occidentaux, la famille et la communauté au sens large étant moins présents, la solitude ne permet pas ce soutien ni le soulagement de la souffrance psychique. On ne parle pas et on n’en parle pas. C’est là où l’on somatise, les choses s’expriment par notre corps… on va mal. 

Oser demander de l’aide n’est pas signe de faiblesse, au contraire ! Il faut trouver cette force d’appeler ce psychologue dont on vous a parlé. Aller au premier rendez-vous… C’est le premier pas qui est le plus difficile. 

« J’ai peur d’être jugé.e« , « j’ai peur de choquer« , « j’ai peur du ridicule« , « j’ai peur de me dévoiler« , « j’ai peur de ne pas y arriver« … ces peurs sont tout à fait normales. Mais nous sommes formés à les écouter et à vous aider à les dépasser.

Quelle que soit cette raison qui fait que vous avez envie/besoin de consulter pour vous ou un membre de votre famille… N’ayez plus peur et faites le premier pas.

Le psychologue est soumis au secret professionnel, rien de ce que vous direz ne sera dévoilé à qui que ce soit.

Osez faire le premier pas.

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Mon engagement à la Fondation de France

Je suis très honorée et heureuse d’avoir été choisie par la Fondation de France pour faire partie du comité « Se regarder et se parler autrement : agir contre les discriminations » aux côtés de William AckerEstelle BarthélemyHawa Dramé, Danièle Lochak, Mohamed Mechmache et Patrick Simon

La Fondation de France envoie un signal fort en créant ce comité pour :
– Développer et partager les connaissances sur les discriminations 
– Changer les regards et les représentations 
– Renforcer le pouvoir d’agir des personnes discriminées et 
– Faciliter les coopérations pour agir contre la discrimination systémique 

En savoir plus sur le comité et les différentes missions ici

Un appel à projets est lancé dès maintenant, vous avez jusqu’au 3 mars pour postuler

Un grand merci à Javotte SpielmannKaty Diouf et Axelle Davezac pour avoir rendu cette mission possible. 

Mon passage sur France 24

J’ai le plaisir et l’honneur d’avoir été interviewée pour ce reportage de France 24 – Arabe.

Le thème de celui-ci était d’aborder la question de stéréotypes associés aux Noirs en France et dans le monde arabe. Leurs origines et leurs conséquences psychologiques.

Cliquez ici pour le visionner.

Merci au journaliste Thameen Al-Keetan et à son équipe pour cette mise en lumière. C’est en dialoguant que l’on arrivera à déconstruire ces croyances.

A lire : Quels sont les stéréotypes associés aux Noirs de France ?

Liens entre racisme & santé : mon intervention à la faculté de médecine de La Sorbonne

J’ai eu le plaisir et l’honneur d’animer un séminaire pour les étudiants de 6e année, spécialisés en médecine générale de l’Université de Paris 6 Sorbonne, sur les liens entre le racisme et la santé.

L’objectif général était de faire prendre conscience aux futurs médecins généralistes de l’impact du racisme sur la santé.

Nous avons abordé :

  1. L’origine des liens entre racisme et médecine : Ici nous avons abordé des éléments historiques sur la manière dont la médecine s’est développée sur les corps noirs (ex: expérimentations sur l’évolutions de certaines maladies, développement de médicaments etc.)
  2. L’impact du racisme sur la santé : Ici nous avons vu comment les discriminations et le racisme impactent réellement la santé mentale et la santé physique.
  3. Le racisme dans le système de santé : certaines catégories de personnes sont tout simplement discriminées (moindre accès aux soins) ou victimes de racisme en raison de leurs origines sociales ou culturelles.
  4. Comment être un professionnel au fait de ces questions ? Nous avons abordé la manière dont toutes ces informations peuvent impacter leur pratique en tant que futurs médecins généralistes. Comment repérer et prendre en compte le racisme dans la prise en charge d’un patient ?

Le séminaire était très intéressant et enrichissant dans les deux sens. J’écrirais bientôt un peu plus sur les liens entre racisme et médecine. En attendant, vous pouvez relire mon article sur l’impact du harcèlement moral discriminatoire sur la santé.

Prenez soin de vous.

Mon nouveau programme de formation : parlons-en dans un Webinaire gratuit !

Vous êtes un.e professionnel.le de santé et vous avez envie de mieux comprendre les enjeux liés aux discriminations et leurs impacts sur la santé mentale ? Vous avez remarqué que de plus en plus de patient.e.s s’adressent à vous en raison de votre identité personnelle ? Vous êtes mal à l’aise car nous ne savez pas toujours comment répondre aux problématiques vécues par les minorités ? 

Mon nouveau programme de formation sur l’impact des stéréotypes et des préjugés sur la pratique professionnelle a pour objectif de vous sensibiliser et de mieux vous armer afin de traiter les problématiques vécues par les minorités.

Plus qu’un apport de connaissances, cette formation au long cours est un véritable accompagnement vers une transformation personnelle et professionnelle afin de devenir un.e thérapeute « safe* »

*Safe est un terme anglais signifiant l’aspect sécurisant de votre prise en charge. 

Plus de détails sur le programme de formation (modalités, tarifs, dates), ici.

Vous hésitez à vous inscrire à la formation ?

Participez à notre Webinaire gratuit le dimanche 27 février 2022 de 16h00 à 17h00 (heure de Paris, en distanciel sur zoom).

Au programme : présentation de la formatrice, précisions sur la formation & temps d’échange avec les participants.

Inscription obligatoire ici.

Une question ? N’hésitez pas à nous contacter : contact@rks-consulting.com 

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