Interview pour Marie Claire : « Ce que font les psys pour se changer les idées ».

Cette semaine, j’ai eu le plaisir de répondre aux questions de Manon Dambrine, journaliste chez Marie Claire, à propos de ce que font les psys pour se changer les idées.

Pour ma part, je fais plein de choses mais l’activité que j’aime le plus, c’est le crochet. Activité qui semblerait un peu vieillotte pour certains, mais qui est en réalité très dynamique. Comme le tricot. Personnellement, j’aime beaucoup car c’est une activité qui permet d’exprimer notre côté artistique tout ayant des vertus thérapeutiques.

Voici ce que j’ai répondu :

« Pour me changer les idées, j’écoute des podcasts, je regarde des séries, je vais marcher et quand je peux, je fais du crochet. J’ai appris le crochet quand j’étais très jeune et j’ai repris quand j’étais enceinte de mon premier enfant. Depuis, je crée des couvertures pour mes deux enfants, des bonnets et des écharpes pour l’hiver. C’est une activité qui me permet de me déconnecter du monde numérique, de me centrer totalement sur soi. J’aime travailler de belles matières comme la laine, les mérinos, les fils à base de lin, et j’ai la satisfaction de voir un article créé à partir d’un seul fil« .

Les articles que je crée sont aussi un témoignage du temps qui passe, des journées ou soirées que j’y ai consacrées et renferment les pensées et émotions que j’ai eues à ce moment-là. Je recommanderai la pratique du crochet ou du tricot comme activité thérapeutique. 

Du point de vue de la psychologie, je pense qu’elle est utile dans la gestion des angoisses et du stress. En ralentissant le rythme et en pratiquant des gestes de plus en plus automatiques, elle permet de laisser libre cours à nos pensées et de laisser place à l’introspection. Du point de vue des compétences techniques, le crochet ou le tricot permettent de travailler la dextérité ainsi que les mathématiques et la géométrie ».

Bonus : voici la couverture que j’ai faite pour la naissance de ma fille :

Pour savoir ce que font les autres psychologues, allez lire l’article !

Et vous, que faites-vous pour vous changer les idées ? Dites-moi tout en commentaires.

Prenez soin de vous.

Ma participation à une vidéo pour Brut.

Ce mois-ci, j’ai et l’immense plaisir et honneur de répondre aux questions de Keyla Soulez Siar, journaliste chez Brut. face caméra, sur le racisme ordinaire.

Cliquez ici pour voir la vidéo.

N’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé en commentaire.

Prenez soin de vous.

Pourquoi deux Noirs sont toujours confondus entre eux ?

Crédit Photo : Edward Cisneros – Unsplash

Cette semaine, je suis tombée sur un post Facebook d’une maman racontant les mésaventures de sa fille à l’école: « Ma fille me dit que sa maîtresse a souvent tendance à l’appeler par le prénom d’une de ses camarades de classe, qui est aussi noire, parce que soit disant, elles se ressemblent (…) pourtant, les autres, elle ne les confond pas« .

Ce n’est pas la première fois que j’entends une histoire pareille. Il suffit que deux personnes noires soient présentes dans un même espace, une même classe, une même équipe ou une même entreprise pour qu’elles soient systématiquement confondues par les autres. La raison la plus souvent avancée est qu’elles se ressemblent trop et qu’il est impossible de faire la différence. Alors que objectivement, elles ne se ressemblent pas vraiment.

Du coup, j’ai demandé à mes abonné.e.s sur Instagram si cette situation leur était déjà arrivée ?

UNE EXPERIENCE VECUE A TOUT AGE

J’ai reçu de nombreux témoignages qui laissent penser que cette expérience arrive à tout âge. Enfants à l’école, adolescents au collège, adultes au travail ou à l’université, personne n’est épargné.

Extraits :

« C’est ce que vit ma fille depuis le début d’année avec une autre fille qui a le même teint qu’elle. Mais c’est leur seul point commun. Physiquement, elles ne se ressemblent pas du tout. Je sais que dans l’esprit de certains, tous les Noirs se ressemblent et c’est fatiguant à force de ne pas être considéré comme un être à part entière« 

« Oh, alors ça ça arrive tellement! L’histoire qui m’a le plus marquée c’était avec une autre stagiaire dans un stage en Ministère. Nos prénoms ne se ressemblaient absolument pas. L’une de nous avait les cheveux toujours détachés et lissés, l’autre attachés, l’une avait des lunettes et l’autre pas, l’une était métisse et l’autre pas. On ne travaillait pas sur les mêmes sujets, on n’est pas du tout restées le même temps et pourtant beaucoup se trompaient de prénom« .

« Oui, Cela m’est aussi arrivé, lors de la réunion de rentrée des infirmières de l’éducation nationale, un des directeurs de la direction académique a interpellé une personne noire par mon nom de famille, en lui demandant de s’asseoir. (…) Ou des collègues qui m’appellent par le prénom d’une autre collègue, et c’est toujours des collègues blancs qui se trompent.« 

UNE CONFUSION INVOLONTAIRE OU VOLONTAIRE ?

La confusion de la part des collègues / enseignants non-noirs peut être considérée comme involontaire à partir du moment où elle s’explique par la croyance selon laquelle « tous les Noirs se ressemblent ».

Cette croyance peut fortement influencer le traitement des informations en ne prêtant attention qu’à celles qui vont dans le sens de nos opinions. C’est ce que l’on appelle le biais de confirmation.

MAIS parfois, on se demande si cette confusion n’est pas volontaire. Notamment lorsque cette absence de différenciation se retrouve aussi par e-mail :

« J’avais une collègue antillaise, avec un nom français et moi j’ai un nom à consonance maghrébine. On ne se ressemblait pas du tout mais on nous confondait TOUT LE TEMPS. Je recevais des mails adressés à elle et elle des mails adressés à moi. On lui parlait du Maroc et à moi on me disait « tiens c’est marrant, on entend de moins en moins ton accent des Antilles quand tu parles » (alors que ni elle ni moi n’avions d’accent particulier). Et quand on nous voyait côte à côte on nous disait « WoW c’est surprenant, vous pourriez être soeurs » 

Pire… il arrive aussi que les autres décident de ne pas vous appeler par votre prénom…

« Ça m’est arrivé plus grande à la fac (en master, c’est pour dire… ). Mon amie et moi portions le même nom de famille. Alors certains camarades ne cherchaient pas spécialement à nous différencier. C’était les *notre nom* et sans cesse les profs n’arrivaient pas à nous différencier alors que nous ne nous ressemblons absolument pas (teint, style, visage, etc.) »

« On m’a appelée par un autre prénom pendant un an durant un stage. Autre prénom Maghrébin qui n’a rien à voir avec le mien parce que « celui là est plus joli » par 2 personnes du personnel médical qui avaient une énorme autorité dans le service. »

…Ou que cette confusion se fasse dans le temps :

« J’habite dans un tout petit village, nous étions la seule famille africaine et très peu d’enfants noirs dans le collège. Deux de mes enseignants m’ont appelée à deux reprises par les prénoms de deux autres filles noires qui étaient dans leurs classes respectives au moins 3 ans avant moi (et donc, plus présentes dans le collège au moment des faits). Morale de l’histoire, on se ressemble tellement toutes qu’on peut même être confondues sur du long terme ».

Refuser de reconnaître l’autre comme un être unique et distinct des autres, lui attribuer un autre prénom sans lui demander son avis, nier son identité et ne pas le considérer comme l’humain qu’il est, c’est de la déshumanisation.

LES NOIRS AUSSI CONFONDENT LES AUTRES

Dis comme ça, on a l’impression que cette confusion des visages ne concerne que les Noirs. Mais parmi mes abonnées, des enseignantes noires ont aussi témoigné de leur confusion envers les enfants d’autres origines ethniques :

« Je suis noire, prof en collège et il m’arrive souvent de confondre les élèves maghrébins, ou chinois, ou blancs… en début d’année et parfois je fais même des rechutes en cours d’année. Avec le grand nombre d’élèves qu’on a, c’est quelque chose qui arrive souvent quand deux élèves ont à peu près le même « profil » (brunes, maghrébines, petites et minces par exemple) ».

COMMENT L’EXPLIQUER AU NIVEAU COGNITIF ?

Ce phénomène peut s’expliquer par ce que la cognition sociale appelle homogénéisation exo-groupe et hétérogénéisation endo-groupe.

L’homogéneisation exo-groupe est cette tendance à percevoir les groupes extérieurs aux vôtres comme étant homogènes. Et donc à percevoir ses membres comme se ressemblant tous (physiquement et psychologiquement) et à leur associer des stéréotypes (croyances partagées / idées reçues). Alors que l’hétérogéneisation endo-groupe, c’est cette tendance à voir les différences entre les membres des groupes auxquels vous appartenez.

Finalement, c’est une question de familiarité. Plus vous êtes familiers avec un groupe ethnique donné, plus vous arrivez à faire la différence entre ses membres.

Une enseignante noire dit : « Je suis pareille je les confonds, surtout les blondes. Les brunes ça va encore. Mais tous les autres, j’arrive a faire la distinction (…) Je pense aussi que le fait d’avoir grandi en cité où Indiens, Turcs, Chaldéens, Chinois, Berbères et bien sûr Noirs (vivent ensemble) a fait que mon oeil s’est habitué. Au travail, je n’essaie même pas de les appeler car même leur prénom m’échappe. »

Des études montrent la même chose concernant la perception visuelle: il est plus facile de reconnaître les visages des personnes de notre groupe ethnique (Gomes et. al, 2019)

UNE QUESTION DE VOLONTE….

Même si les explications de la psychologie cognitive permettent d’y voir plus clair, la question de la volonté à mon sens reste centrale car quand on veut, on peut !

« Je suis noire mais (…) quand j’ai commencé à regarder des séries coréennes, je n’arrivais pas à suivre et je confondais tout le temps les personnages. Je me suis sentie honteuse. Après quelques épisodes, j’ai commencé à faire totalement la distinction entre les personnages. Je me demande souvent si ce n’est pas aussi le cas pour les blancs ? (…) j’ai l’impression qu’ils ne font pas l’effort tout simplement. J’ai fini par reconnaître tous ces visages parce que j’y avais un intérêt et pour mieux comprendre ces histoires. »

….OU DE RACISME ?

Quand on parle des Noirs et des différentes problématiques qui les atteignent, les questions des stéréotypes / préjugés et du racisme ne sont jamais bien loin.

La différence entre ces enseignantes noires qui n’arrivent pas à distinguer les petites filles blondes de leurs écoles et les deux employées noires qui sont systématiquement confondues au travail, c’est le nombre. D’un côté, une majorité et de l’autre, une minorité.

Alors que justement, lorsqu’un élément est minoritaire voire unique dans une situation donnée, on a tendance à le remarquer et à parfaitement l’identifier.

Pourquoi confond-on DEUX personnes noires dans la même entreprise ?

Les travaux de Fabio Lorenzi-Cioldi ont montré que cette perception homogène VS. et hétérogène des membres des groupes dépend aussi du statut social. Les dominés sont perçus de manière homogène (ce sont tous les mêmes), alors que les dominants sont perçus comme tous différents.

Pensez aux patrons de grandes entreprises, aux milliardaires, aux célébrités. Vous aurez tendance à les distinguer les uns des autres et à ne surtout pas les mettre dans le même sac. Alors que les pauvres, les chômeurs, les banlieusards, sont perçus comme une masse uniforme.

« Au collège, j’avais remarqué que pour décrire une personne blanche, les gens s’attardaient sur tout ce qui la rendait unique (ses goûts, ses traits de personnalité, ses habitudes…). Mais pour nous c’était toujours simplement « c’est un.e black/renoi » (« noir » étant manifestement un gros mot) à croire que juste indiquer notre origine ethnique c’est tout dire de nous, pas besoin de décrire davantage, les stéréotypes feront le reste. Comment faire la distinction entre plusieurs personnes noires si on s’arrête à leur couleur de peau ? »

C’est aussi ça le racisme : penser que les Blancs sont supérieurs aux autres, et en tant que groupe supérieur, ils sont tous différents entre eux. Alors que les Noirs et les Arabes, auxquels on associe les croyances liées à la pauvreté ou à l’infériorité, sont perçus comme similaires entre eux.

POUR REPONDRE A LA QUESTION….

« Pourquoi deux noirs sont confondus entre eux ? » C’est à la fois à cause de facteurs sociologiques comme la familiarité, de facteurs psychologiques et motivationels, ainsi que des croyances, stéréotypes et préjugés issus des théories racistes.

Que faire si vous êtes dans ce cas ? Essayez l’effet miroir : appelez-les par un autre prénom et dites-leur que vous les confondez avec quelqu’un qui ne leur ressemble pas du tout. Et utilisez leur réaction pour leur faire comprendre ce que vous ressentez.

C’est en ne laissant pas passer ce type d’incidents que nous changerons les choses, chacun.e à notre échelle.

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Prenez soin de vous.

Références :

Gomes, A., Fernandes, A. F., Ribeiro, R. & Monteiro, S. (2019). « Race effects on facial recognition: the evolution ». Annals of medicine, (51).

Lorenzi-Cioldi, F. (2009). « Dominants et dominés – les identités des collections et des agrégats »

Podcast : Les enfants du bruit et de l’odeur

J’ai eu l’immense plaisir d’avoir été interviewée par Prisca, de l’équipe « Les enfants du Bruit et de l’Odeur » pour le premier épisode de la saison 2. Nous avons parlé de Menace du stéréotype et de l’impact négatif des stéréotypes, des préjugés et du racisme sur les enfants.

Comment, en tant qu’adulte/parents, parler du racisme avec les enfants et leur donner les armes pour dépasser ces situations ? Comment, en tant qu’enseignant.e, nous impactons la performance de nos élèves en raison de nos préjugés, souvent inconscients ? Quels impacts ont les Role Models sur nos représentations ?

Toutes ces questions sont développées dans l’épisode. Il est disponible sur toutes les plateformes d’écoute et sur Spotify.

N’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé en commentaires.

Bonne écoute !

Interview pour Doctissimo : Impact psychologique du racisme

J’ai eu le plaisir et l’honneur d’avoir été interviewée par Morgane Garnier , journaliste chez DOCTISSIMO, sur l’impact psychologique du racisme.

Nous avons parlé des micro-aggressions, de la charge raciale, de la menace du stéréotype, du harcèlement discriminatoire, de leurs impacts et des pistes de solution. 

L’article complet ici : https://www.doctissimo.fr/psychologie/bien-avec-les-autres/harcelement-moral/impact-psychologique-racisme

Bonne lecture ! 

Interview pour Marie Claire

J’ai eu le plaisir d’avoir été interviewée par Gwendoline Gaudicheau du Magazine Marie Claire sur les conséquences psychologiques du racisme.

L’article intitulé « Les conséquences sous-estimées du racisme sur la santé mentale de ceux qui le subissent » est disponible ici.

Bonne lecture !